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EDF-Enel : l’Italie fait le choix du nucléaire

Alors même qu’au départ elle était fondée sur une alliance énergético-industrielle, la CECA, l’Europe n’a jamais réussi à se doter d’une politique énergétique commune. Les Etats ont fait preuve dans ce domaine d’un individualisme forcené préférant des alliances extra-européennes, comme celle existant actuellement entre l’Allemagne et la Russie (Gazprom Europe, accord Siemens-Rosatom [1]), plutôt que d’œuvrer pour une vraie solution commune. Toutefois la récente décision italienne de faire le choix d’une alliance entre EDF et Enel pour la construction de centrales nucléaire laisse entrevoir la possibilité d’un autre scénario.

Comme nous vous l’annoncions dans d’autres colonnes [2], les crises gazières à répétition en Europe, suite aux désaccords russo-ukrainiens, ont créé dans un certain nombre de pays, dépendants du gaz russe, le désir de se tourner vers d’autres sources d’énergie moins contraignantes politiquement ; la solution nucléaire étant la plus souvent celle envisagée, comme c’est le cas en Slovaquie et en Pologne.

Jusqu’ici l’Italie semblait pourtant bien décidée à garder le gaz comme principale, pour ne pas dire quasi-unique, source d’approvisionnement énergétique. En effet, de par sa position méditerranéenne proche de l’Algérie et ses bonnes relations avec la Russie, l’Italie se trouve bien placée dans le consortium South Stream [3]. Toutefois la crise économique et les problèmes diplomatiques ont très fortement ralenti le projet russe. En effet, le manque à gagner de l’année 2008 pour Gazprom a obligé le géant gazier russe à faire des choix et ce dernier à privilégié le projet Nord Stream, plus rentable économiquement et politiquement grâce à l’Allemagne. Si l’on y ajoute les problèmes de signature de traités, notamment avec la Turquie engagée dans le projet concurrent Nabucco [4], le South Stream est devenu bien plus aléatoire pour l’Italie qui se trouve au débouché final du gazoduc. L’accord de lancement du projet n’est intervenu que le 6 août dernier, bien plus tard que prévu initialement.

Le gouvernement italien a donc fait le choix de réellement diversifier ses sources d’énergie en choisissant celle qui lui offrira la plus grande indépendance politique, même si elle est la plus controversée dans le pays. L’Italie s’est ainsi fixée un objectif de 25% d’énergie nucléaire à l’horizon 2030. C’est dans ce sens que va le « DDL Sviluppo  [5]» approuvé au Sénat italien le 9 juillet dernier et dont l’article 26 contient les dispositions pour le développement de l’énergie nucléaire en Italie après un moratoire de 22 ans.

 Le choix de la France, et d’EDF, comme partenaire pour l’énergéticien national Enel, s’inscrit lui aussi dans une vision politique particulière. Les deux entreprises qui se sont associées le 3 août dernier [6] afin de créer une joint-venture baptisée « Sviluppo Nucleare Italia Srl », pourraient devenir le moteur d’une alliance énergétique euro-méditerranéenne, les deux pays étant les leaders prévisibles de l’Union pour la Méditerranée.

Il est intéressant de noter que cette alliance et ce retournement de politique énergétique italienne interviennent au moment où ENI, principal groupe pétrolier italien et partenaire de Gazprom dans South Stream, annonce de mauvais résultats alors qu’Enel est en pleine progression [7]. Il semblerait bien que cet accord nucléaire soit aussi en passe de changer la donne au cœur même de l’économie italienne, même si Silvio Berlusconi ne remet pas en cause le projet South Stream, certainement très rentable sur le court terme.

Au-delà d’un simple accord entre deux pays pour la construction de quatre centrales, c’est peut être à la naissance d’une nouvelle orientation énergétique européenne à laquelle nous somme en train d’assister. Il faut en tout cas l’espérer, car ce n’est pas en restant désunie et dépendante des autres sur une question aussi importante que l’énergie que l’Europe pourra accéder au statut de puissance.