Elections japonaises : quelles conséquences sur l’international ?

C’est demain que les électeurs japonais devront se rendre aux urnes afin de décider du vainqueur des législatives anticipées organisées à la suite de la chute du gouvernement de Taro Aso. Si la toile de fond de ces élections est, bien évidemment, dominée par les problèmes internes allant de la crise financière à la natalité alarmante en passant par un certain réveil de la conscience politique de la jeunesse nippone, la  politique internationale peut aussi jouer son rôle.

En effet, ces dernières années ont vu, pour le Japon, une suite de décisions capitales en matière de politique étrangère. Le Japon, pays volontairement isolationniste depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale et dont la constitution prévoit expressément le renoncement à toute forme de guerre, est revenu progressivement dans la plénitude des capacités diplomatiques d’un Etat de ce niveau de puissance. Ainsi, après avoir envoyé des navires de support  aux forces de l’OTAN en Afghanistan, le gouvernement japonais choisissait de déployer des hommes en Irak aux côtés de la coalition menée par les Etats-Unis. Certes les navires déployés dans l’Océan Indien étaient des ravitailleurs et non des navires de guerre et les troupes envoyées en Irak étaient des équipes de soutien médicales et logistiques, toutefois il est à noter que ces dernières années le drapeau au soleil rouge a été déployé sur des théâtres de guerre sur mer comme au sol. Cette posture, qui peut sembler contradictoire pour un pays affichant autant son pacifisme que le Japon, trouvait son achèvement dans la décision du début de 2009 d’envoyer des navires de guerre au large de la Somalie afin de lutter contre la piraterie maritime sévissant dans la zone.

Ces décisions étaient à chaque fois le théâtre d’une âpre lutte à la Diète, l’assemblée japonaise, où le parti démocrate (PDJ), opposant au pouvoir en place du parti libéral-démocrate (PLD), ne manquait pas de rappeler à chaque fois que ces décisions étaient contraires à l’esprit de la Constitution et que le rôle du Japon n’est pas de rester dans l’ombre des Etats-Unis. Or les résultats du gouvernement Aso sont jugés si catastrophiques par les Japonais que l’ensemble des commentateurs politiques prévoit une victoire écrasante et historique de ce même parti démocrate.

En effet, les conservateurs du PLD sont au pouvoir depuis plus de cinquante ans, si l’on excepte une brève expérience de huit mois en 1993, et un changement de majorité aurait certainement de grandes conséquences sur les orientations de la politique extérieure japonaise. Totalement opposés aux interventions militaires extérieures, les membres du PDJ pourraient se replier dans un isolationnisme pacifique digne des années 60. Dans le même temps, même s’ils se sont beaucoup adoucis sur cette position, le statut des bases militaires américaines de l’archipel pourrait être très sérieusement revu, portant un coup à la présence militaire américaine au large de la Chine et de la Corée du Nord. De plus le PDJ plaide pour un Japon plus orienté vers l’Asie que vers l’Amérique, une raison supplémentaire pour Washington de s’inquiéter.

Un gouvernement issu du parti démocrate semblerait donc fortement enclin à se concentrer sur les problèmes économiques et sociaux de l’archipel avant de s’occuper de politique étrangère et d’interventions, un des nombreux reproches faits aux gouvernements qui se sont succédés depuis le début de la décennie. Reste à savoir comment réagiront les Etats-Unis en cas de brusque revirement politique de la part d’un pays qu’ils considèrent comme un allié précieux, mais parfois aussi presque comme un vassal.


1 comment to Elections japonaises : quelles conséquences sur l’international ?