La Chine et Internet : une histoire d’amour ?

Quand le pays le plus peuplé du monde rencontre le moyen de communication de masse par excellence on peut s’attendre à ce que leurs rapports soient intéressants. Grâce au socialisme de marché prôné par l’Etat chinois, Internet s’est répandu dans le pays assez rapidement et continue sa marche en avant. Dernier exemple en date, l’ouverture d’un site pour le pourtant très discret Ministère de la Défense chinois. Comprenant les nécessités d’un monde où la communication prend de plus en plus d’ampleur, le régime de Pékin, pourtant réputé pour sa discrétion, voire son culte du secret hérité du Parti Communiste des débuts, est obligé de se dévoiler un peu, même si ce n’est que pour afficher une façade policée. L’Etat chinois semble en effet avoir totalement réussi à intégrer l’outil Internet au sein du régime, tant dans un aspect défensif qu’offensif.

Comprenant les possibilités offertes par la Toile à ses administrés, notamment en termes d’accès à l’information, le gouvernement de Pékin, très attaché au contrôle de l’information depuis Mao, a mis en place une censure efficace. Conscient du pouvoir de pénétration des médias occidentaux, particulièrement anglo-saxons, Pékin s’emploie très tôt à limiter l’accès à un contenu jugé « non-conforme » à la doctrine officielle de la Chine communiste. Utilisant l’attractivité de son marché intérieur, et le contrôle total qu’il exerce dessus, le gouvernement chinois réussit à faire plier les plus grandes entreprises de l’Internet pour qu’elles accèdent à ses demandes. Yahoo, par exemple, a reconnu en 2005 avoir fourni à l’Etat chinois des informations permettant de retracer les mails de journalistes « dissidents ». De même le gouvernement s’emploie à contrôler l’information circulant dans le pays de manière drastique, y compris sur le Net. Ainsi pour l’anniversaire des 20 ans de la répression de Tian An Men, évènement absent de l’historiographie officielle, les autorités ont pris les devant en bloquant l’accès aux réseaux sociaux pendant quelques jours en juin dernier. Récemment les autorités chinoises ont même tenté d’imposer l’intégration d’un système de contrôle d’accès Internet sur l’ensemble des ordinateurs vendus sur son territoire. Même si face à la pression internationale Pékin a été obligé d’abandonner ce projet, il se murmure que les autorités chinoises travailleraient sur un système analogue, moins contraignant pour les constructeurs.

Même si le régime affiche une certaine paranoïa envers Internet, il sait aussi très bien s’en servir à des buts plus conformes à ses orientations. Le piratage informatique, particulièrement développé en Chine, semble être parfois instrumentalisé par le régime. Ainsi en 2007, le Pentagone accusait directement l’armée chinoise d’avoir lancé une attaque informatique contre le système militaire américain. En mars de cette année, des chercheurs de l’université de Toronto publiaient un rapport sur le réseau de pirates baptisé « Ghostnet » qui aurait infiltré plusieurs centaines d’ordinateurs occidentaux et asiatiques jugés sensibles : ambassades, ministères, gouvernements… Rien n’indique pour le moment que l’Etat chinois soit derrière Ghostnet, toutefois ce sont des signaux qui suffisent à alerter les gouvernements, en particulier celui des USA, sur la possibilité d’une « guerre de l’Internet » menée depuis la Chine. Le rapport de 2008 de l’US-China Economic and Security Review Commission met particulièrement l’accent sur cette problématique et pointe du doigt les dangers d’une telle cyberguerre.

L’Etat chinois semble avoir compris le paradoxe Internet : la liberté absolue et l’instrumentalisation qu’on peut en faire. Mais utilisant cette liberté à son profit, il dresse une barrière autour de son pays, d’ailleurs baptisée « muraille verte », tout en se servant d’une population internaute de plus en plus importante et de mieux en mieux formée pour servir ses ambitions. La Chine est en train de devenir une puissance de l’Internet au même titre qu’elle est déjà une puissance économique ; toutefois dans ce domaine où il n’existe aucun véritable organisme international de régulation, quelles en seront les conséquences ?


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