Matières premières : les solutions japonaises

A partir de l’ère industrielle, la politique internationale des grandes puissances a cherché à répondre à un problème bien particulier qui n’a fait que s’accentuer avec le temps : obtenir les matières premières nécessaires à leur économie. Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale et surtout la Décolonisation, le problème est devenu plus aigu puisque les territoires-réservoirs d’Afrique et d’Asie se sont retrouvés indépendants de leurs métropoles en moins de vingt ans.

Axée dans un premier temps sur le couple fer-charbon, nécessaire à l’industrie sidérurgique, l’économie actuelle des pays les plus avancée repose sur une incroyable variété de matières premières. Qu’il s’agisse d’énergie bien sur, mais aussi de métaux de plus en plus divers au fur et à mesure que les technologies progressent. Les grandes économies (USA, Japon, Europe et bientôt Chine et Inde), se trouvent de plus en plus dépendantes de sources d’approvisionnement parfois éloignées. Il est intéressant de voir comment le Japon, pays pauvre en ressources et grand consommateur de matières premières, et notamment de cuivre pour ses industries électriques, électroniques et informatiques, crée et sécurise ses approvisionnements.

La première et la plus connue de ces stratégies est celle du transfert de technologies, le Japon se servant de son avance en matière de recherche appliquée pour créer des partenariats avec les pays producteurs. Le dernier exemple en date de cette politique a eu lieu lors de la visite de Vladimir Poutine à Tokyo au début du mois de mai, à l’issue de laquelle un accord a été conclu dans le domaine nucléaire. En effet le Japon, en pointe sur les technologies nucléaires et disposant d’imposants champions nationaux (Toshiba, Hitachi, Mitsubishi) est extrêmement dépendant non seulement d’un approvisionnement régulier en uranium, mais aussi de tout un ensemble de métaux nécessaires à la création des aciers spéciaux nécessaires aux centrales. La Russie de son côté dispose sur son territoire d’une grande variété de ces mêmes métaux et est à même, grâce à son influence en Asie Centrale, de garantir au Japon un approvisionnement régulier en uranium, probablement d’origine kazakhe. L’intérêt de la Russie dans cette affaire est de pouvoir se prévaloir de la technologie japonaise en matière de construction de centrales nucléaires réputée comme une des meilleures mais surtout une des plus sures. Or c’est cette réputation de sureté qui intéresse Moscou puisque de nombreux pays d’Asie du Sud-est, désireux de s’équiper en centrales de moyenne puissance (Indonésie, Malaisie, Vietnam, Thaïlande), étaient jusqu’à présent plus que réticents vis-à-vis de la technologie russe tristement célèbre depuis Tchernobyl. Grâce à ce marché matières premières contre technologie le Japon obtient l’approvisionnement qui lui est nécessaire.

Néanmoins cette stratégie est surtout un expédient lui permettant d’assurer à son industrie, notamment électronique, les matières premières indispensables. En effet, Tokyo est conscient que cette possibilité ne durera que tant que le pays sera un des leaders en matière de technologie de pointe, position qui pourrait être contestée d’ici quelques années vu la vigueur de l’Inde dans les domaines informatiques et électroniques. Ainsi le Japon a choisi deux directions de recherche afin de répondre à cette problématique : la substitution et le recyclage.

Malgré la crise économique, le prix de la tonne de cuivre a encore flambé cette année, notamment à cause d’une forte hausse de la demande chinoise. Le Japon qui est depuis quelques années entré dans une politique de réduction de ses importations de cuivre a réussi à absorber le choc puisque ses importations ont diminué de 23% sur les six premiers mois de 2009. La politique de recherche engagée depuis plus d’une décennie a permis à Tokyo d’obtenir des taux de substitution très significatifs pour le métal rouge. En effet dans l’industrie électrique (transformateurs, câbles) et les télécoms, les taux de substitution sont très élevés et ne cessent d’augmenter, fruit d’une recherche universitaire en partenariat étroit avec l’industrie.

Toutefois c’est au niveau du recyclage des métaux qu’il faut chercher la marque la plus éclatante de la politique japonaise d’indépendance industrielle. Le Japon est l’un des plus gros producteurs de déchets électroniques de la planète et possède de ce fait une réserve de métaux rares recyclables (palladium, rhodium, ruthénium…). Ainsi de plus en plus d’entreprises japonaises s’associent afin de diminuer les coûts de recyclage des anciens matériels. Même si les coûts de recyclage restent encore très élevés à l’heure actuelle, nul doute que la hausse prévisible des cours avec l’entrée de l’Inde et de la Chine dans la production mondiale de masse risque de rendre cette solution très rentable économiquement sachant qu’elle est déjà très intéressante politiquement.

Ainsi le Japon, pays-type de la problématique de dépendance aux matières premières, explore plusieurs solutions pour éviter de se faire enfermer dans des relations économiques et diplomatiques qu’il n’aurait pas désirées. Si l’on y ajoute la possibilité toujours relancée d’exploitation des nodules polymétalliques du Pacifique, il semblerait que le Japon soit sur la bonne voie pour solutionner ses problèmes d’approvisionnement ; un exemple à suivre pour la France ?


Les commentaires sont fermés pour cet article.