Move On : La guerre de l’information à l’américaine

Il n’est aujourd’hui plus besoin d’en débattre, la maîtrise de l’information et de l’image sont les fondements absolus d’une victoire électorale. Les politiques américains, toujours en pointe dans les techniques de campagne, l’ont compris depuis longtemps et ont développé à cette fin tout un arsenal d’outils et de stratagèmes afin de remporter la bataille pour la Maison Blanche. Près de neuf mois après l’élection de Barack Obama, revenons sur la genèse et le fonctionnement d’un de ces outils : le mouvement pro-démocrate Move On.

Ce mouvement citoyen, né à Berkeley, université connue pour son engagement politique, a vu le jour en 1998  au moment où, suite à l’affaire Lewinsky, les électeurs démocrates traditionnels se détournaient du débat politique. Créé afin de revaloriser le camp démocrate, même si on a parfois pu l’accuser de vouloir sacrifier Bill Clinton sur l’autel du succès électoral, le mouvement a perduré et s’est développé lentement mais surement jusqu’à aujourd’hui.

Move On utilise très habilement les armes traditionnelles de la vie politique américaine comme la pétition dans l’affaire Lewinsky pour éviter que ne soit lancée contre B. Clinton la procédure d’impeachment, ou même aujourd’hui pour tenter d’obtenir le lancement de poursuites judiciaires contre Karl Rove, l’ancienne éminence grise de G. W. Bush. Ce lobbying peut, au vu du fonctionnement du système politique américain, se révéler très efficace, comme en témoigne la campagne contre John Bolton qui a fini par empêcher sa nomination permanente comme représentant des USA auprès des Nations-Unies, ce dernier ayant du mettre fin à son mandat provisoire en décembre 2006 après refus de la ratification de sa nomination par le Congrès.

Move On ne s’arrête pas à ces actions « traditionnelles » puisque le mouvement a acquis, au fil des campagnes politiques, une expertise de la guérilla informationnelle. La dernière campagne présidentielle où la maîtrise de l’image a, une fois de plus, joué un rôle capital en est le témoignage. S’attaquant à la fois à la communication des Républicains, en mettant en lumière ou en créant des failles dans le discours de J. Mc Cain, principalement sur la question de l’Irak, ou en attaquant les entreprises finançant le parti républicain comme Exxon.

Par cette double action, le mouvement pro-démocrate réussit à la fois à discréditer le candidat républicain en accentuant ses travers militaristes jusqu’à en faire un « fou de guerre » et d’un autre côté en obligeant les traditionnels bailleurs de fonds du parti de George W. Bush à se désengager de la campagne. Dans une campagne 2008 où les budgets ont atteint des records, il est certain que le manque à gagner pour les Républicains a pesé lourdement dans la balance finale.

Utilisant l’ensemble des techniques médiatiques du web 2.0, par leur présence massive sur les réseaux sociaux et leurs offensives « coup-de-poing » sur You Tube, les dirigeants du mouvement, Trevor Fitz-Gibbon en tête, ont réussi à réunir au fil des ans plus de 5 millions de membres actifs aux USA. Il semblerait bien que les leaders de Move On ne veuillent pas s’en tenir à la seule sphère américaine puisqu’une antenne australienne, baptisée Get Up, a été ouverte et selon un article de La Repubblica du vendredi 31 juillet dernier, des discussions seraient en cours pour une implantation européenne, peut être même en France.

De nombreuses personnes s’inquiètent de la puissance d’un tel mouvement, très souvent accusé de déstabiliser la vie politique et dont l’influence a été mise en lumière par le documentaire Qui a peur de Move On ?. Quand on voit l’importance croissante prise par l’image et l’information dans les élections en Europe, notamment lors de la campagne présidentielle française de 2002 et 2007, il est sûr que l’arrivée d’une telle machine en France ferait très fortement pencher la balance du côté de la formation qu’elle appuierait.


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