La course sud-américaine aux armements

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Alors qu’Hugo Chavez faisait ses premiers pas de vedette cinématographique à Venise il y a quelques jours, la nature et le montant des différents contrats conclus par le président vénézuélien lors de sa tournée eurasiatique sortaient dans la presse internationale. Dans une grande tradition qui n’est pas sans rappeler les grandes heures de l’URSS, le gouvernement russe a conclu un accord avec H. Chavez portant sur l’accès aux gisements pétrolifères vénézuéliens contre des facilités de crédit en matière d’achat d’armes lourdes.

Bénéficiant des 2es réserves mondiales de pétrole, selon des estimations toujours contestées, le Venezuela est un partenaire plus qu’intéressant pour Moscou. En effet, tant par l’ampleur de ses réserves que par sa qualité de membre fondateur de l’OPEP, organisme que la Russie rêve d’intégrer, Caracas a, en outre, une orientation en politique internationale compatible avec les visées russes. Etat leader de l’opposition aux Etats-Unis en Amérique du Sud, opposition de plus en plus visible, le Venezuela voit dans Moscou le compagnon de lutte idéal pour en finir avec la mainmise américaine sur l’ensemble du continent américain.

Depuis la création de l’UNASUR en 2008, il semblerait bien qu’Hugo Chavez ait réussi à trouver le cadre continental qui lui manquait jusqu’ici pour faire entendre son opposition à la doctrine Monroe. Agrégeant autour du Venezuela un nombre toujours plus grand d’Etats revendiquant véritable identité sur la scène internationale, Caracas n’en poursuit pas moins une politique étrangère qui lui est propre.

En matière énergétique, tout en favorisant les rencontres entre pays arabes et sud-américains, le Venezuela signe avec la Russie un accord d’un milliard de dollars portant sur l’exploitation des gisements de l’Orénoque. Dans le même temps Hugo Chavez rêve de la création d’un grand cartel gazier mondial avec des pays proches de Moscou (Iran, Russie, Syrie, Algérie…). Voulant transformer sa puissance économique en puissance militaire, il n’est pas étonnant qu’Hugo Chavez se soit tourné vers son partenaire russe afin de parfaire son parc de blindés et de défenses anti-aériennes et anti-missiles.

Toutefois le Venezuela est loin d’être le seul Etat d’Amérique du Sud engagé dans une telle logique. La Colombie tout d’abord, sœur-ennemie du Venezuela, de plus en plus isolée dans son alliance avec les Etats-Unis, regarde comme toujours vers Washington. Le gouvernement américain, même s’il dénonce la course aux armements du Venezuela, équipe lui aussi de son côté la Colombie, dernier bastion de l’influence étatsunienne dans l’UNASUR.

Cette posture unique parmi les Etats sud-américains n’est pas sans provoquer des heurts puisqu’un sommet extraordinaire de l’UNASUR a du être organisé en catastrophe en Argentine à la fin du mois d’août sur la question des bases américaines en Colombie, destinées officiellement à lutter contre les cartels de la drogue. La présence d’une grande masse de troupes fortement armées le long de la frontière entre Venezuela et Colombie représente, malgré l’existence de l’UNASUR, un risque important de conflit, ce qu’H. Chavez ne manque jamais de rappeler.

Dans le même temps, un troisième Etat de la zone cherche lui aussi à acheter de grandes quantités de matériels militaires : le Brésil. Celui dont on dit qu’il est le plus faible des BRICs n’en reste pas moins un Etat puissant, le plus peuplé de la région et disposant de l’économie la plus dynamique. Alors que Lula n’a jamais tenté de s’imposer à la tête de l’UNASUR, rôle qui aurait pourtant dû logiquement être dévolu au Brésil au vu de sa puissance, Brasilia affiche aujourd’hui une volonté plus ferme de ne pas se laisser distancer en matière militaire par les Etats hispanophones. La récente visite de N. Sarkozy avait en effet pour but de faire pencher la balance du côté français dans l’appel d’offre lancé par le Brésil pour l’acquisition d’une trentaine d’avions de combat de dernière génération. Contrairement à ses voisins, le Brésil cherche à acquérir la technologie, en plus des matériels eux-mêmes. Voulant par là-même développer de manière accélérée son industrie d’armements et d’aéronautique, après l’échec du blindé national Osorio dans les années 90, Lula vise une politique de plus long terme qui a aussi le mérite d’apparaître moins agressive sur le plan international.

Au moment où l’Amérique du Sud commence à devenir un véritable terrain d’investissement et alors qu’elle pourrait apparaître grâce à l’UNASUR comme plus unie que jamais, elle est aussi le terrain d’une véritable course aux armements. Le sous-continent pourrait ainsi devenir un lieu d’affrontement d’influence russo-américain où le Venezuela reprendrait le rôle naguère tenu par un Cuba à bout de souffle aujourd’hui. Toutefois la grande nouveauté vient du Brésil qui, timidement et sans les éclats sonores d’un Chavez, affirme aujourd’hui sa volonté de puissance.


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