Crédits carbone : une richesse insoupçonnée

Le réchauffement climatique, problématique planétaire s’il en est, n’a pas fait que des malheureux et le moins qu’on puisse dire c’est que certains Etats voient dans les problématiques carbone une manne financière et un instrument de puissance. Au moment où la conférence de Copenhague semble tellement s’enliser que le président Sarkozy est obligé d’intervenir de manière virulente à la tribune, certains pays se font discrets, regardant toute modification du contexte international actuel avec beaucoup de méfiance.

Que la Chine ou l’Inde refusent de réduire nettement leurs émissions, arguant pour cela qu’ils n’ont pas à payer pour les ravages dont l’Occident est le principal responsable, arrange bien les Etats qui disposent de nombreux crédits carbone. En effet, tant l’égoïsme des USA qui ne proposent une réduction que de 17% de leurs émissions par rapport au taux de 2005, soit environ 5% par rapport au taux actuel, que les grands pays émergents amenés à polluer de plus en plus et qui n’offrent que des réductions de leur intensité carbone (1), risquent d’amener le monde à la catastrophe écologique.

Toutefois la prise en compte des problématiques de réchauffement par les Etats a créé un véritable besoin en matière d’outils économiques « verts ». Le protocole de Kyoto qui avait institué le principe des « crédits carbone », ces droits à polluer qu’un Etat peut acheter à un autre Etat moins pollueur que lui, créait de fait un marché mondialisé de l’émission de CO2.

La non-ratification du protocole par les USA et l’entrée en vigueur tardive du protocole, fin 2005, ont freiné le développement de ce marché. Toutefois il est maintenant en train de se développer véritablement transformant la pollution et le respect de l’environnement en enjeux de puissance.

Certains Etats bénéficient directement de la manne financière offerte par ces crédits. En effet, les pays les moins industrialisés de la planète peuvent revendre aux pays développés, principalement d’Europe occidentale, le droit de polluer librement. Mais certains Etats ont su tirer parti des cahots de leur histoire récente afin de devenir de vrais fournisseurs de crédits carbone.

Ainsi la Russie et, dans une moindre mesure, l’Ukraine ont réussi à transformer leur désindustrialisation consécutive à la chute de l’URSS en avantage. L’effondrement des commandes dans l’industrie lourde et le complexe militaro-industriel en particulier, ont créé les conditions d’une véritable destruction du vieux tissu industriel soviétique. En conséquence, puisque les droits d’émission sont calculés sur la base de l’année 1990, la Russie se retrouve avec beaucoup plus de crédits qu’elle n’en a besoin.

Par ce biais, la Russie se retrouve une fois de plus fournisseur de l’Europe dans le domaine énergétique. En effet, c’est grâce aux crédits carbone de Moscou que l’UE, même si elle a entrepris de grands efforts de réduction de ses émissions, peut rentrer dans les critères du protocole de Kyoto.

De plus si l’on s’oriente réellement vers une modification profonde du secteur énergétique russe vers plus de renouvelables, comme l’annonçait récemment A. Dvorkovitch, conseiller du président Medvedev, le nombre de crédits carbone russes disponibles sur le marché mondial ne fera qu’augmenter. Une arrivée de nouveaux crédits carbone russes permettrait ainsi à Moscou de disposer d’un poids encore plus important sur la scène énergétique internationale, offrant à la Russie une nouvelle forme de puissance jusque là inédite.  

Ainsi l’on comprend pourquoi la Russie se présente à Copenhague en fervent défenseur du protocole de Kyoto ; toute modification de l’année de référence ou même du système des crédits carbone pourrait lui faire perdre une importante partie de ses revenus internationaux.

Comprenant à la fois l’opportunité financière ainsi que la puissance qui y est associée, de nombreux établissements financiers, plus ou moins téléguidés en sous-main par des Etats, s’intéressent de plus en plus aux entreprises spécialisées dans les énergies renouvelables. Sentant l’opportunité associée à la possible signature d’un accord mondial sur le climat, les institutions financières spécialisés se positionnent sur un marché qui offre de belles perspectives de développement.

En effet, au-delà de la question des énergies renouvelables, celle des financements spécialisés dans le développement de ces mêmes énergies et de tout ce qui est lié à la réduction des émissions de carbone en général, fait l’objet d’âpres tractations entre Etats, chacun y allant de sa proposition, de fonds spécialisés aux taxes en passant par des organismes mondiaux de régulation. Avant même tout accord entre Etats, les financiers ont pris les devants en créant eux-mêmes les outils nécessaires à ces financements.

L’accord de Copenhague, s’il voit le jour, serra autant une modification dramatique de notre vision de l’énergie que l’ouverture de nouvelles opportunités de puissance pour les Etats qui sauront en tirer parti. Un exemple reste particulièrement parlant, celui du Brésil qui, puissance émergente conquérante au taux de croissance plus que confortable avant la crise, se présente à Copenhague avec un mix électrique à plus de 80% renouvelable et une surface financière adaptée au développement de nouvelles énergies. Qui dit mieux ?

 

 

 

(1)   Taux d’émission par rapport à la croissance.


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