Google victime de la cyberguerre chinoise

On le sait, les régimes totalitaires ont toujours eu à l’égard de l’information une attitude très particulière, faite de manipulation bien sûr (1) mais aussi de censure et de destruction. Toutefois nous sommes aujourd’hui bien loin des autodafé de Bebelplatz et la mainmise sur l’information passe avant tout par le contrôle des nouveaux médias de masse, Internet en tête. Le cloisonnement et la censure de ces médias passent eux-mêmes par le contrôle strict des voies d’accès à l’information sur le net, à savoir les moteurs de recherche.

C’est ainsi que la Chine s’est depuis longtemps lancée dans un jeu de séduction-menace vis-à-vis des grands moteurs de recherche internationaux comme Yahoo et Google. Là où Yahoo avait accepté de plier devant les demandes de Pékin, allant même parfois jusqu’à une collaboration déguisée, Google s’est toujours posé en opposition à son concurrent, n’acceptant que sous la contrainte les exigences du gouvernement chinois. Or les dirigeants du moteur de recherche américain ont récemment décidé de stopper la censure de leurs résultats en chinois, allant même jusqu’à proposer des photos bien connues pour la recherche image « tank Tiananmen ».

Pékin ne pouvait rester sans réagir face à un tel affront, d’autant plus que le régime, comme tous les pays communistes, a une peur viscérale de sa propre population et de ce qu’elle pourrait faire d’une information « libre ». Google s’est donc retrouvé sous les attaques de pirates dont l’origine ne fait que peu de doutes quand on connaît le savoir-faire du gouvernement chinois en la matière. Comme nous l’écrivions précédemment, les instituts de recherche en relations internationales et autres think-tanks anglo-saxons pointent depuis quelques années les dangers d’une cyberguerre menée depuis la Chine ; il semblerait qu’aujourd’hui la menace soit devenue réalité.

Toutefois, dans un contexte particulier pour le président Obama puisque celui-ci fait face aux premières critiques sérieuses sur son bilan, l’administration américaine n’a pas laissé passer cette affaire et le ton ne cesse de monter entre Pékin et Washington. En effet, le problème est très largement connu au sein des sphères politiques américaines, mais, au nom de la défense des relations, principalement économiques, sino-américaines, les responsables états-uniens feignaient jusqu’ici de ne rien voir. B. Obama, espérant peut-être ainsi redorer un peu son blason de Prix Nobel de la Paix, a décidé de réagir à cette énième attaque, maintenant connue sous le nom d’ « Opération Aurora ».

L’Internet chinois s’est souvent révélé un piège pour les entreprises américaines du secteur, si grosses soient-elles, en partie à cause du manque de soutien de Washington face aux entreprises chinoises largement aidées et accompagnées par leur gouvernement. Et même si aujourd’hui le moteur de recherche chinois Baidu annonce, de manière très opinée, avoir lui aussi été victime d’attaques de pirates, sensés être originaires des Etats-Unis, tout le monde se rend bien compte que Pékin a sans doute franchi le Rubicon en s’attaquant aussi fortement à Google.

On se demande jusqu’où ira cette affaire quand on sait qu’après les violentes déclarations d’Hilary Clinton sur la censure sur l’Internet chinois, le gouvernement de Pékin vient de réagir en menaçant cette fois de couper l’accès à Google sur son sol.

La cyberguerre, étant donné l’importance de l’information et de son immédiateté dans nos sociétés, est devenue une véritable arme de combat géopolitique et géoéconomique. Derrière cet affrontement sont en jeu la puissance des Etats américain et chinois mais aussi des sommes colossales quand on sait que le commerce issu de la publicité internet ne cesse d’augmenter. Pour le moment nous assistons à une bataille diplomatique, mais bientôt nous risquons d’assister à une vraie bataille de pirates, voire au « cybergeddon » que nous promettent les analystes les plus pessimistes.

 

 

(1)   A ce sujet on pourra lire le Journal de Goebbels publié aux éditions Tallandier.

 

Sur le même sujet : La Chine et Internet : une histoire d’amour ?


Les commentaires sont fermés pour cet article.