Philosophie orientale et influence culturelle

Le 10 janvier dernier, la Chine, en publiant les chiffres de sa balance commerciale, affirmait enfin une position que de nombreux observateurs guettaient, celle de premier exportateur mondial. L’on était déjà conscient depuis très longtemps du potentiel d’attractivité du marché chinois à l’import, potentiellement 1,5 milliard de consommateurs en forte croissance, et cette place de premier exportateur vient affirmer encore plus la volonté et les efforts de la Chine de devenir la première puissance économique mondiale. Dans cette course à la puissance commerciale, la crise, comme nous l’écrivions à la fin de l’année dernière, pourrait être pour la Chine une opportunité plus qu’une véritable menace puisqu’elle a mis à genoux ses principaux concurrents Japon et USA.

Toutefois, pour atteindre la place de leader mondial et pouvoir pérenniser ses bons résultats sur le marché extérieur, un Etat a besoin d’arguments qui ne soient pas seulement économiques. Même si nous sommes dans l’ère du capitalisme mondialisé triomphant et quoi qu’en disent les théoriciens les plus orthodoxes, la concurrence économique pure et parfaite n’existe pas dans la réalité. Un Etat, d’autant plus s’il bénéficie d’une culture économique et diplomatique un tant soit peu agressive, doit s’appuyer sur une multitude d’outils para-économiques à commencer par l’influence. Dans cette optique la Chine déploie des dispositifs efficaces, souvent proches de ceux employés par les Etats-Unis.

Dans le domaine de l’influence, s’il est un volet qui s’avère plus que complexe à mettre en œuvre mais qui peut être extrêmement profitable s’il bien exploité, c’est bien l’influence culturelle. Aux fins de développer un tel outil, la Chine a décidé de créer une série d’organismes éducatifs destinés à la promotion de la langue et de la culture chinoise dans le monde : les Instituts Confucius.

Prenant le relais de politiques mises en place par la France dans les années 50-60 puis par les Etats-Unis jusqu’aux années 2000, la Chine attire et forme selon ses normes les futurs décideurs des pays émergents ou en voie de développement dans lesquels elle a ou voudrait avoir des intérêts. L’influence éducative et culturelle est une stratégie de longue haleine puisqu’elle nécessite des moyens, tant pour repérer les leaders de demain que pour établir ses instituts-têtes-de-pont, et qu’elle ne donne ses premiers fruits que bien des années après le début des programmes. Toutefois, en formant les gens selon des normes précises et en les rendant bien disposés vis-à-vis d’une culture étrangère, elle facilite les dialogues, au sens propre comme au figuré, et créé de fait une attractivité vers les normes et systèmes chinois qui sont, de fait, les plus familiers des anciens étudiants.

A cette fin la Chine a créé en 2004 sous l’autorité du Hanban, le bureau de promotion de la langue chinoise dans le monde, organisme d’Etat, une série d’Instituts Culturels copiés sur le modèle des Alliances Françaises. Les Instituts Confucius se retrouvent le plus souvent à l’intérieur d’universités et ce partout dans le monde. S’il n’est pas étonnant d’en trouver en Europe ou aux Etats-Unis, certains pays de la liste d’implantation révèlent une volonté géoéconomique plus affirmée tant ces pays apparaissent comme soit des points d’appui soit des ressources de matières premières ; citons entre autres : l’Afrique du Sud, le Kenya, le Liban, le Rwanda, le Pakistan, le Kazakhstan, le Maroc, le Cameroun, le Togo ou l’Afghanistan.

L’implantation dans des pays comme le Pakistan, l’Afghanistan ou le Liban révèle une position d’influence géopolitique, ces pays, souvent en grande difficultés, en guerre ou venant d’en sortir, pourraient servir d’alliés ou de relais chinois dans des zones mouvantes, Asie Centrale ou Proche Orient notamment.

La seconde catégorie de pays, comprenant le Kazakhstan, l’Afrique du Sud ou le Rwanda, montre une volonté affirmée de s’implanter fermement dans des pays producteurs de matières premières, uranium ou métaux rares, absolument nécessaires à l’économie chinoise pour se développer.

Enfin on note une catégorie hybride, regroupant la plupart des pays d’Afrique, où la Chine est déjà bien implantée et où l’Etat chinois a besoin de faire accepter sa présence. Quant on voit la multiplication des émeutes antichinois dans certains pays comme l’Algérie, une telle politique semble très compliquée à mener, mais elle est une des seules réactions possible pour un Etat comme la Chine qui veut absolument éviter de perdre la mainmise sur les ressources qu’il réussit à contrôler.

Par ses Instituts Confucius, la Chine, en apparaissant comme acteur de l’éducation et donc du développement, essaie de redorer un blason pas mal écorné ces dernières années dans les pays en voie de développement. Confucius lui-même, considérait que: « Nous sommes frères par la nature mais étrangers par l’éducation. » or l’objet même des instituts éponymes est de gommer ces différences pour créer une proximité toujours plus grande entre la Chine et les pays qu’elle considère intéressants.


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