Rétrospective stratégique de l’année 2009

Polemos est heureux de souhaiter à ses lecteurs une très bonne année 2010 qui s’annonce déjà riche en évènements géopolitiques et géoéconomiques sur l’ensemble de la planète. Ce début d’année 2010 est l’occasion idéale pour procéder à un petit bilan des grandes thématiques de l’année 2009, exceptionnelle à plus d’un titre, qui aura apportée des surprises, des confirmations et des nouveautés.

 

Asie Centrale : nouveaux acteurs, anciennes tendances

Ce n’est pas un secret, l’intervention de l’OTAN en Afghanistan s’embourbe peu à peu et les voies de sorties « honorables » de ce conflit semblent chaque jour plus compliquées à trouver. La formation de l’ANA (Armée Nationale Afghane) avance et elle sera, n’en doutons pas, le pilier sur lequel la coalition fondera son retrait progressif ; toutefois elle semble encore très insuffisante au regard de la situation actuelle. La communication de l’ISAF se fonde toujours sur la lutte contre la guérilla dans le pays ne distinguant pas, lapsus révélateur ?, Talibans, trafiquants de drogue et seigneurs de guerre locaux, ayant chacun des buts et des actions différentes mais pouvant partiellement se confondre.

L’annonce par Barack Obama de l’envoi de nouvelles troupes était un signal fort destiné aux adversaires de l’OTAN, néanmoins l’annonce conjointe de la date de début de retrait de ces mêmes forces a anéanti l’effet produit. Voulant ménager toutes les susceptibilités internes, la Maison Blanche a perdu sur les deux tableaux.

Dans la zone centrasiatique la Russie et la Chine tentent chaque jour de déstabiliser la position des USA pour se partager le contrôle d’une zone stratégique lieu de passage vers l’Inde et l’Iran pour les Russes et vers le Golfe et le Pakistan pour les Chinois.

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La crise : une bonne affaire pour certains

Alors que les pays les plus avancés économiquement, Europe, USA et Japon, ne réussissent que péniblement à s’extraire des méandres de la crise financière mondiale commencée à la mi-2008, certains Etats, déjà en forte croissance avant l’explosion de la bulle financière, s’affirment comme les nouveaux moteurs de la Mondialisation.

Bénéficiant de grands marchés intérieurs, les BRICs ont pu se replier sur leur propre économie pour laisser passer le choc financier et pouvoir rebondir de plus belle. Parmi ces Etats, seule la Russie peine à retrouver une position conquérante, Moscou ayant dû utiliser une grande partie de ses réserves de liquidités afin de soutenir ses grandes entreprises du secteur de l’extraction (Gazprom, Lukoil, Norislk Nickel), particulièrement impactées par l’effondrement de la demande mondiale.

La Chine, après être passée près d’une surchauffe sociale, a pu, grâce à l’effacement relatif des USA en Asie et en Afrique, ces derniers pouvant beaucoup moins facilement disposer d’une masse d’argent à offrir au titre de l’aide au développement, prendre une place importante notamment au Pakistan et en Afrique de l’Est. Signe important de cette nouvelle présence chinoise, le gouvernement japonais élu fin aout 2009 s’est tout de suite positionné pour créer un grand partenariat asiatique et se placer dans la roue de la croissance chinoise.

Autre grand gagnant de la crise, le Brésil a, tout à la fois, réussi à apparaitre comme le vrai leader sud-américain en effaçant le Venezuela et en prenant la place des USA dans le sous-continent. Bénéficiant d’une faible exposition du réal au dollar US et d’une politique d’épuration des dettes, le Brésil est apparu comme une vraie puissance régionale avant, peut-être, de devenir cette année une puissance globale.

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Un monde qui change, des habitudes qui restent

2009 devait être, avec la conférence de Copenhague en fin d’année, l’année du changement de mentalité, celle où les pays les plus puissants et les plus polluants devaient enfin avoir pris conscience du changement climatique et de leur rôle. En fait il n’en fut rien. Au contraire même 2009 a vu la continuation des affrontements géoéconomiques traditionnels dans le domaine de l’énergie, alors même que certains Etats comme le Brésil montrent qu’il est tout à fait possible de concilier développement économique puissant et énergies propres.

Toutefois un point positif est à dégager, le renouveau de l’énergie nucléaire, énergie la moins polluante de toutes celles employant des combustibles fossiles, qui ouvre des perspectives de puissance pour la France en même temps qu’un espoir de réduction des émissions de CO2.

Le retraitement et le recyclage des déchets et des sous-produits, pourtant important pour abaisser la dépendance aux importations de matières premières minérales, reste pour le moment, à part dans un pays en pointe comme le Japon, un vœu pieux.

Dans le même temps, puisque les pays les plus polluants se refusent à entreprendre un effort de refonte de leur mix énergétique, les crédits carbone et autres droits à polluer deviennent, au même titre que les matières premières, une richesse et une source de puissance.

 

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 2010 verra sans doute s’ouvrir de nouveaux fronts tant dans le domaine géopolitique que dans le domaine géoéconomique tant les deux sont intrinsèquement liés ; comme le disait Raimondo Montecuccoli au XVIIe siècle: « Pour faire la guerre il faut trois choses : de l’argent, de l’argent et de l’argent. ».


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