L’énergie est-elle le futur de l’économie italienne ?

L’information peut prêter à sourire, il y a quelques jours les services anti-mafia de Sicile ont mis sous séquestre les biens de Vito Nicastri, entrepreneur numéro 1 dans l’île pour ce qui concerne l’énergie éolienne, puisque ce dernier aurait agi comme prête nom pour le compte d’un des « boss » locaux, Matteo Messina Denaro. Ainsi la mafia sicilienne a décidé de se reconvertir dans l’économie verte, donnant un nouveau sens à l’expression « green washing ». Cette information révèle surtout la bonne santé de ce secteur économique, l’Italie, comme tous les pays d’Europe occidentale, s’étant lancée dans une course à la réduction des émissions de CO2 afin de bénéficier des crédits carbone et d’éviter une, improbable, décision de taxation des émissions à la conférence COP 16 de Cancún qui va s’ouvrir le mois prochain.

Sans vouloir jouer les oiseaux de mauvaise augure, on peut légitimement se demander si les résultats de cette conférence seront meilleurs que ceux de Copenhague, montagne ayant accouché d’une minuscule souris. Certains signes laissent à penser que même si Cancún ne débouche pas sur une législation contraignante, un certain nombre d’Etats se sont engagés sur la voie prometteuse d’une modification de leur mix énergétique, le plus souvent par le couple nucléaire-renouvelables. Ainsi l’Italie a depuis quelques temps lancé une politique de développement des énergies renouvelables, principalement dans le sud du pays où des fonds spéciaux sont chargés d’attirer les investisseurs. La loi financière de 2008 par exemple, institue un fond de 40 millions d’euros auprès du Ministère de l’Environnement pour le développement de l’énergie solaire. De plus, en ce qui concerne l’éolien, l’Italie est le 6e producteur mondial avec de plus de 6,5 TWh générés en 2008.

Le signe, paradoxal, de la vitalité de cette entreprise est l’intérêt que lui portent les organisations criminelles comme la mafia sicilienne, toujours prête à s’engager dans les secteurs où les potentialités de bénéfices sont importantes. Comme le montre l’intervention de la police dont nous faisons mention au début de cet article, la Sicile est rapidement devenue une terre d’accueil pour les projets renouvelables puisque les installations éoliennes mises sous séquestres dans cette affaire sont évaluées à pas moins de 153 millions d’euros.

Même si l’économie italienne peine à redécoller, faisant craindre tant pour l’emploi que pour les notations du pays, le secteur énergétique se porte plutôt bien. Depuis la décisions, que nous relations dans ces colonnes, de revenir à l’énergie nucléaire, le pays cherche à acquérir, via son entreprise d’Etat, ENEL, la maitrise du plus grand nombre possible de technologies.

Alors que nous faisions déjà état du partenariat avec EDF qui déboucherait sur la construction de réacteurs de type EPR, l’entreprise d’Etat met en ce moment même la touche finale à un nouveau réacteur à Mochovce en Slovaquie. Toutefois, ce qui est surprenant, c’est que ces réacteurs, loin d’utiliser la technologie d’EDF sont des réacteurs de type VVER de fabrication russe. En faisant ce choix, ENEL s’adapte certes à la demande d’un pays habitué à ce type de technologie mais aussi en profite pour acquérir une première expérience sur le terrain de l’utilisation de ce type de réacteurs.

Comme le soulignent très justement les Echos, il faut ajouter à ce panorama les réacteurs américains de type AP-1000 que possède l’énergéticien espagnol Endesa dont ENEL a pris le contrôle en 2008 et les réacteurs canadiens Candu qu’ENEL doit mettre en œuvre en Roumanie puisque ce pays possède déjà un parc fondé sur cette technologie notamment dans les centrales de Cernavodă. Ainsi à l’exception des technologies japonaises, ENEL aura bientôt une connaissance « terrain » des principaux types de réacteurs avant d’effectuer son choix final pour l’Italie.

ENEL se présente ainsi sur tous les fronts de l’atome, au moment où l’Italie pousse le développement des renouvelables pour devenir, si cette politique est menée sur la durée, un des pays d’Europe leaders dans le domaine de la réduction des émissions de CO2. A ces projets pilotés par l’Etat italien, on doit ajouter la compétition réunissant l’ensemble des universités technologiques et des constructeurs automobiles italiens, menée sous la tutelle du Ministère de la Recherche, pour concevoir une voiture électrique 100% italienne afin de se lancer dans la bataille de la « voiture propre » où les Japonais ont déjà plusieurs coups d’avance.

Certes l’Italie ne deviendra pas du jour au lendemain un pays vert. De nombreux efforts restent à faire et le poids du géant pétrolier ENI dans le paysage énergétique italien reste prépondérant ; toutefois cette politique a le mérite d’exister et d’ici quelques années, l’Italie pourra se présenter aux conférences de l’UNFCCC comme force de proposition à l’exemple du tandem franco-brésilien à Copenhague.


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