BRIC : quelle place pour l’Afrique du Sud ?

Alors que l’Europe était paralysée par la neige et les pénuries de glycol dans les aéroports, la nouvelle de l’entrée de l’Afrique du Sud au sein du groupe BRIC est passée pour le moins inaperçue. C’est pourtant la marque d’une certaine modification du statut de Pretoria ainsi qu’une nouvelle importante pour l’Afrique. C’est en effet la première fois qu’une économie africaine est ainsi distinguée alors même que le continent continue d’être considéré comme étant le moins « puissant » de la planète. Nul Chili, Chine, Australie ou Allemagne en Afrique, du moins c’est ce que l’on croyait jusqu’à présent. Toutefois il se pourrait que la réalité soit moins idyllique qu’on voudrait nous la présenter.

L’Afrique du Sud fut extrêmement médiatisée au cours de l’année 2010 en accueillant l’évènement planétaire que représente la Coupe du Monde de football. Même si cette dernière ne laissera pas un souvenir impérissable aux Français, elle a contribué au dynamisme économique d’un pays qui était retombé dans l’ombre après le départ du pouvoir de N. Mandela. Certes le pays affiche des perspectives de croissance économiques respectables, de l’ordre de 3,5 – 4%, et reste la première économie d’Afrique ; toutefois il semble y avoir un écart pour le moins important entre l’Afrique du Sud et les pays du BRIC. Le pays souffre en effet de faiblesses endémiques, tant sur le plan économique que sur le plan politique. Bien que l’Afrique du Sud dispose de grandes icones planétaires qui sont ses meilleurs ambassadeurs comme N. Mandela, D. Tutu ou C. Theron, les problèmes ne manquent pas dans le pays.

La corruption endémique, les problèmes sociaux – 40% de chômeurs – et ethniques non résolus et les dissensions au sein de l’ANC fragilisent le pouvoir de J. Zuma, souvent inquiété personnellement pour diverses affaires politico-financières. La fracture socio-ethnique issue de l’époque de l’apartheid n’a été que partiellement comblée et si une grande partie de la classe politique est issue des populations noires, le pouvoir économique est encore presqu’exclusivement aux mains des blancs. Cette situation crée un ressentiment grandissant dans les townships qui risque à terme de représenter un risque d’embrasement du pays et ce pour une population relativement faible (50 millions d’habitants) si on la compare aux autres pays du BRIC.

La situation économique, bien que florissante, cache beaucoup de failles. En effet le pays se repose énormément sur ses extractions de matières premières et risque à terme de souffrir du « mal hollandais » propre aux économies fondées sur l’extraction-export. Sous la présidence de T. Mbeki au début des années 2000, l’Afrique du Sud avait misé sur la création d’un secteur d’industries légères destiné majoritairement aux pays africains. Or à l’heure actuelle, à part dans le secteur des télécoms, la concurrence de la Chine et de l’Inde sont venues mettre à mal ce pari économique. Le pays reste donc majoritairement dépendant de son secteur minier, avec les risques à terme que cela comporte.

L’Afrique du Sud semble ainsi plutôt faire partie d’un groupe de pays émergents secondaires au rang desquels on pourrait aussi compter la Turquie, l’Indonésie ou le Vietnam. L’Afrique du Sud a certes entrepris au niveau diplomatique de devenir la puissance régionale d’Afrique, offrant sa médiation dans les conflits et dominant les organismes régionaux, toutefois la plupart des pays africains restent dans le sillage de leur ancien colonisateur – pour les pays francophones principalement – ou de leur actuel dominateur économique, bien souvent chinois.

Quel est alors l’intérêt des pays du BRIC d’accueillir l’Afrique du Sud dans au sein d’un organisme encore jeune et pour le moins informel ? Comme nous l’avons indiqué le pays dispose de grandes réserve de minerais. L’Afrique du Sud est responsable de 77% de la production mondiale de platine, de 39% du palladium, 38% du vanadium, 21% du manganèse et 11% de l’or. Dans un contexte d’envolée des cours des matières premières, le pays ressemble à s’y méprendre à une mine géante. Ainsi dans le groupe BRIC constitué on trouve des Etats qui sont eux-mêmes de grands producteurs (Brésil et Russie) ou de grands consommateurs (Inde et Chine) de métaux ferreux et non-ferreux. Même avec le géant minier anglo-sudafricain Anglo American, en grandes difficultés depuis 2008, le pays n’est pas assez fort pour résister aux offensives de Vale (Brésil), Norilsk (Russie) ou Tata (Inde) qui lorgnent sur la région.

En outre l’intégration de l’Afrique du Sud au BRIC ouvre une porte à l’influence de ces pays dans le sud de l’Afrique voire sur l’ensemble du continent africain. La Chine, déjà présente, le Brésil, cherchant à développer une stratégie Sud-Sud, et à un moindre niveau l’Inde ont des visées claires sur l’Afrique. L’Afrique du Sud qui, par le biais de son entrée dans le BRIC espérait échapper à une éventuelle tutelle des vieilles puissances risque ainsi de se trouver à la merci des nouvelles.

2010 fut une année de rêve pour l’Afrique du Sud, mais il ne faudrait pas que 2011 vire au cauchemar pour avoir voulu entrer dans une sphères de puissances sans doute encore hors de portée de ce qui n’est au fond que la 31e économie mondiale.


Les commentaires sont fermés pour cet article.