Les révoltés des USA

wall street, occupation, tea party, moveon, USA, Obama, financeL’occupation de Wall Street entamée il y a quelques semaines semble s’essouffler devant la puissance des éléments qui menacent de recouvrir les tentes des occupants sous une épaisse couche de neige. Le climat du mois de novembre, soutien inattendu des autorités de New York, pourrait bien mettre fin à un mouvement original aux échos contestataires, tant économiquement que politiquement et socialement.

Toutefois ce mouvement qui a les faveurs des médias internationaux – qui aurait en effet pensé que la plus virulente contestation à l’ordre économique américain sortirait des USA ? – se télescope avec un autre mouvement plus ancien mais dont la volonté contestataire est au moins aussi grande : le Tea Party. Certes les deux mouvements se positionnent aux deux extrêmes du spectre politique américain, toutefois ils traduisent un mal être commun d’une société dont les forces centrifuges gagnent du terrain.

Ces nouvelles révoltes ont ainsi le point commun d’une certaine forme de conservatisme. En effet même le mouvement d’occupation de Wall Street se pose en réaction aux « dérives » de l’économie et de la finance, voulant revenir aux traditions de l’économie américaine industrielle et consumériste. Car c’est ici que le bât blesse, les révoltés de Wall Street, Indignés des USA, veulent consommer – ou du moins en avoir la capacité. Loin d’un changement de société, c’est le retour à l’ancienne société qui est prônée. Même son de cloche du côté des Tea Parties, la volonté est au retour à l’ancienne société, celle de la puissance américaine primordiale – le nom du mouvement est ici totalement programmatique – celle du mythe des insurgents.

Néanmoins l’opposition est vive entre ces deux modèles de société, l’un rooseveltien et welfariste et l’autre ultra et conservateur. Les deux sociétés, grandement fantasmées comme un âge d’or par chacun des mouvements, représentent une époque de l’Amérique révolue et montrent bien les changements géopolitiques subis par les Etats-Unis. Pays en survie – et pays de la survie – au XVIIIe siècle, les USA sont devenus la première puissance mondiale au tournant des années 1910 et 20. Ce gain de puissance formidable – de colonie anglaise au sommet du monde en 150 ans – a créé ses propres fractures dans la pensée et l’imagerie américaine dont on voit ressortir aujourd’hui les oppositions.

Le plus souvent les sociétés en difficultés se retournent vers leurs mythes fondateurs ou l’époque qu’ils considèrent comme leur âge d’or. Les totalitarismes du XXe siècle ont ainsi su jouer de ces mythes pour gagner, dans le marasme des années 30, une position de pouvoir dans leur Etat. Du fascisme italien se revendiquant de l’Empire romain, au nazisme convoquant les vieux mythes germaniques à la récupération de l’image de la Russie médiévale (Ivan le Terrible, Alexandre Nevski) par l’URSS, l’épopée nationale – réelle ou fantasmée – est souvent un refuge.

Toutefois dans le cas américain c’est face à une schizophrénie des mythes nationaux que nous nous trouvons. Aux néo-hippies de Wall Street – qui en reprennent les codes mais pas l’idéologie – s’opposent les tenants de l’Amérique primordiale des 13 colonies. Le point commun c’est l’idée de la révolte / résistance.

L’instrumentalisation politique de ces mouvements, dont la spontanéité a de quoi être remise en question, est en marche. Le Tea Party, même s’il n’est pas officiellement un mouvement politique entend jouer sa carte lors des prochaines élections présidentielles – au bénéfice ou au détriment des Républicains – alors que les occupants de Wall Street sont soutenus par le lobby MoveOn, proche des Démocrates et fer de lance sur les réseaux sociaux de la précédente campagne Obama. Toutefois ces mouvements sortent des cadres traditionnels du militantisme et de la pensée politique bipolaire américaine. Les débordements sur la gauche et sur la droite que représentent ces mouvements inquiètent les partis traditionnels puisqu’ils représentent une vraie tendance centrifuge de la politique et marquent l’échec des solutions traditionnelles.

Alors que la crise mondiale frappe les Etats-Unis dans leur position de première puissance mondiale, Démocrates et Républicains peinent à enrayer une érosion de la puissance américaine. Le blocage entrepris par les Républicains, maintenant majoritaires dans les assemblées, se heurte à la nécessité du consensus sur les mesures de sauvegarde.

Le plus inquiétant dans ce mouvement centrifuge est la disparition, ou du moins le grand affaiblissement, du centre politique américain. Ainsi là où auparavant il était coutume de considérer que les élections présidentielles se gagnaient au centre, il est fort probable que celle de 2012 marque une profonde rupture. Les candidats démocrate comme républicain seront sans doute obligés de faire de nombreuses concessions à ces mouvements qui naissent sur leurs franges extrêmes et que la politique américaine sera beaucoup moins consensuelle que ces dernières années.

Il pourrait en résulter une sérieuse modification de la posture internationale des USA. La fin de la pax americana est ainsi actée depuis de nombreuses années et le délitement annoncé de la puissance économique américaine fait maintenant trembler les Etats-Unis sur leurs bases. Le refuge, des deux côtés du spectre politique, dans un passé meilleur et fantasmé est peut être le prélude à une nouvelle phase d’isolationnisme. Qui aurait pu croire à la sortie de la Guerre Froide que l’hyperpuissance victorieuse en serait là vingt ans après ? Définitivement, la fin de l’histoire n’est pas pour demain.

différences entre tea party et occupy wall street selon MoveOn


1 comment to Les révoltés des USA