Crise de la dette : Rome regarde vers Washington

Monti, Berlusconi, Italie, crise, finance, dette, USA, influenceLa chute de S. Berlusconi au son des violons et sous les cris de la foule rassemblée devant les palais romains abritant les organes étatiques italiens, n’a finalement pas surpris grand monde. Dans une position plus qu’inconfortable depuis quelques années, celui qui est maintenant l’ancien Président du Conseil, a tenu aussi longtemps que ses hétéroclites soutiens ont réussi à faire vivre sa coalition, il Popolo della Libertà – le Peuple de la liberté.

Le nouveau gouvernement Monti quant à lui fait figure de cabinet de transition technocratique. En effet comme en Grèce, le choix des représentants du peuple s’est porté sur des techniciens, le plus souvent considérés en interne comme décorrélés de l’affrontement politicien. Ainsi des personnages comme Andrea Ricciardi, Ministre de la Coopération internationale et de l’Intégration, fondateur de la communauté catholique Sant’Egidio ou Anna Maria Cancellieri, Ministre de l’Intérieur, ancien préfet de villes comme Gênes, Parme ou Bologne font figure de porte-drapeaux du nouveau gouvernement Monti.

Le Président du Conseil, lui-même économiste reconnu, s’est réservé le portefeuille de l’économie et des finances alors que ce dernier était souvent dispersé entre plusieurs compétences par le passé. Il sera accompagné par d’autres techniciens de la banque comme Mario Ciaccia et Corrado Passera, tous deux anciens du groupe Intesa-Sanpaolo. Cette mainmise des hommes du secteur bancaire sur l’économie italienne montre que la priorité est moins à la relance de l’économie par la productivité ou le développement que par l’apaisement des créanciers affamés et les arrangements avec les établissements de crédit détenteurs de la dette italienne.

Toutefois ce qui frappe dans ce gouvernement Monti c’est l’origine de ses membres, très proches des milieux américains et américanophiles. Les principaux ministres du gouvernement, attachés aux postes régaliens les plus importants – défense, économie, affaires étrangères – sont issus soit de milieux américains, soit ont longtemps travaillé avec eux. Le Ministre des Affaires Etrangères, Giulio Terzi di Sant’Agata, a ainsi été ambassadeur aux Etats-Unis entre 2008 et 2011 après être passé par l’OTAN, le consulat général de Vancouver et les Nations Unies. Le Ministre de la Défense, l’amiral Giampaolo di Paola, premier militaire à occuper le poste depuis la 2e Guerre Mondiale, était avant sa prise de fonction président du Comité militaire de l’OTAN après avoir servi de nombreuses années au sein de l’Organisation atlantique. Mario Monti lui-même, cumulant les fonctions de chef du gouvernement et de Ministre des Finances, était avant sa prise de fonction consultant pour la banque Goldman-Sachs, poste qu’il occupait depuis 2005 ; il est également membre du comité de direction du groupe Bilderberg, forum informel de rencontre euro-américain.

Cette orientation particulière  se comprend dans l’optique d’une politique globale. En effet les principaux bailleurs de fond que l’Italie doit rassurer, avant même l’Europe, sont bien les Etats-Unis. L’interculturalité mise en œuvre avec ce choix particulier démontre une ligne politique claire. Quitte à aller à Canossa, les Italiens ont choisi Washington plutôt que Bruxelles – ou plutôt devrions nous dire Berlin. Ce choix semble d’ailleurs corroboré par les rumeurs insistantes d’un prêt du FMI de 600 Mds EUR à l’Italie, enterrant de facto la solidarité européenne et l’arrimant encore un peu plus aux Etats-Unis.

Ainsi le choix semble fait à Rome. Avant même de regarder vers l’Europe et la zone euro, le gouvernement italien a choisi de se tourner vers les Etats-Unis. Cette orientation, inhérente à l’origine des membres du gouvernement, est une fois de plus révélatrice, après l’exemple grec, des priorités des pays les plus endettés d’Europe. Plutôt que de se tourner vers une solidarité continentale mise à mal par la réaction de l’Allemagne dès les débuts de la crise grecque, l’Italie fait le choix des Etats-Unis, certes économiquement rigides mais moins inflexibles que ses voisins immédiats. Outre le reflet d’une fracture évidente au sein de l’Union Européenne, il est aussi révélateur de la faiblesse des « locomotives » du continent bien trop empêtrées dans leurs propres difficultés pour s’occuper de leurs voisins. Ces dirigeant font leurs la réplique du secrétaire d’Etat à la Marine Berryer à Bougainville venu lui réclamer de l’aide pour le Canada pendant la Guerre de Sept Ans : « Monsieur, quand le feu est à la maison on ne s’occupe pas des écuries ».

La faillite de la zone euro et même de l’Europe économique apparait presque consommée et le choix des ministres du gouvernement Monti n’est finalement que le révélateur de l’essoufflement de la confiance intra-européenne. L’Union Européenne, fondée sur la solidarité de ses membres, apparait mal en point et sans un retour rapide à l’union sacrée continentale, risque de ne pas survivre longtemps.


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