Rétrospective stratégique de l’année 2011

Contrastant nettement avec l’année précédente, 2011 a été un millésime particulièrement riche en évènements géoéconomiques. L’année débutait en fanfare avec les révoltes du « printemps arabe », véritable révolution dans l’organisation géopolitique du MENA dont les conséquences se font encore sentir en cette fin d’année du côté de la Syrie. Le renversement des régimes égyptien, tunisien et libyen, couplé au changement constitutionnel marocain et à la promesse d’un changement de gouvernement au Yémen, a redessiné la carte des relations stratégiques du sud de la Méditerranée.

Sur le front du terrorisme, la mort d’O. Ben Laden a clos une époque. Dix ans après les attentats du 11/9, l’attaque menée par les forces spéciales américaines contre le leader terroriste sonne comme une revanche et ferme le cycle Al Qaeda – du moins temporairement. Le devenir de l’organisation terroriste est en effet plus que flou et il semble fortement probable que les diverses organisations formant la « franchise » Al Qaeda retrouvent leur autonomie voire leur identité maintenant que leur figure tutélaire à disparu. Ce n’est pas pour autant une fin du terrorisme islamique qui est en vue mais plutôt un redéploiement des zones « chaudes » vers l’Afrique où AQMI – l’ancien GSPC faut-il le rappeler – et les shebabs somaliens ont redoublé d’activité en 2011.

La crise frappant le monde a cette année plus particulièrement touché l’Europe. Aux difficultés de la Grèce se sont ajoutés celles de l’Espagne et de l’Italie ; la France quant à elle est dans l’attente angoissée de la dégradation de la note de sa dette. Dans ce climat économique délétère, la survie de la zone euro tourne à l’affrontement franco-allemand – conflictualité déjà explorée plus tôt dans l’année autour de l’intervention libyenne – et à la fracture entre deux Europe.

Au niveau énergétique, la catastrophe de Fukushima a stoppé net la croissance de l’énergie nucléaire. Alors que les organismes tant privés que publics s’accordent sur la nécessité de doubler la part de l’énergie nucléaire dans le mix mondial pour atteindre les objectifs de réduction d’émissions carbone d’ici 2050, le problème a pris une tournure émotionnelle. L’Allemagne a choisi une sortie complète et anticipée du nucléaire, au prix du peu d’indépendance énergétique qui lui restait, et de nombreuses voix s’élèvent pour demander la même chose en France et dans le monde. Toutefois les Cassandre de tous bords et de tous pays, prompts à exiger une sortie immédiate, le sont beaucoup moins pour apporter des solutions viables de substitution. En ces temps d’urgence climatique – même si la Conférence de Durban a prolongé Kyoto sine die – les choix énergétiques revêtent une importance géoéconomique majeure, d’indépendance comme d’influence.

Enfin le Brésil a dépassé économiquement le Royaume-Uni en cette fin d’année, devenant la 6e économie mondiale ; comme un symbole, un BRIC prend la place d’un pays européen.

A un niveau plus personnel, 2011 aura marqué un tournant pour Polemos, celui d’une institutionnalisation plus poussée avec en particulier la participation aux Assises Nationales de la Recherche Stratégique sous l’égide du CSFRS et la publication de plusieurs articles dans la revue Diplomatie. Dans cette optique 2012 s’annonce particulièrement riche, sans dévoiler des évènements dont nous ne manquerons pas de parler dans ces colonnes.

Cette année on suivra plus particulièrement :

  • L’attitude de la Turquie dont l’orientation géoéconomique est en train de changer radicalement. Suite à la crise financière et aux refus répétés, Ankara semble avoir abandonné l’orientation européenne pour se retourner vers des sphères d’influences néo-ottomanes. Le « printemps arabe » est ainsi une belle opportunité pour la Turquie d’exporter son modèle de conduite politique et par là son influence géoéconomique globale dans la région MENA.
  • Les suites du « printemps arabe » dont on ne sait toujours pas où il s’arrêtera et s’il emportera ou non de nouveaux régimes comme celui de B. El-Assad. L’intervention de l’OTAN – ou du moins d’une partie de celle-ci – en Libye au début de l’année aura-t-elle des conséquences profondes au niveau géoéconomique pour les belligérants ? De même, les nouveaux régimes nés des cendres de dictatures plus ou moins laïques, s’orientent vers une direction confiée à des « islamistes modérés » dont on ne connait pas encore les orientations globales.
  • Bien évidemment les élections françaises et américaines, même si les secondes représentent un enjeu global plus important. B. Obama devra faire face à un bilan médiocre où seule la mort de Ben Laden fait figure de réussite incontestable. Ses adversaires se délectent des difficultés économiques du pays pour le mettre en défaut et nul doute qu’il sera délicat pour le président démocrate d’obtenir un nouveau mandat de quatre ans.
  • Le développement de l’économie chinoise en Europe. L’entrée de la Chine par le port du Pirée dans la sphère géoéconomique européenne ne devrait être qu’un prélude à une extension accrue. En effet les garanties économiques de la Chine envers l’euro montrent bien la volonté de Pékin de s’arrimer au Vieux Continent et de tenter – à terme – d’en faire un marché quasi-captif.
  • L’évolution de la crise en Europe ; de sommets de la dernière chance en sommets de la dernière chance aucune décision n’est véritablement prise dans un sens ou dans l’autre. La mort de l’euro apparait de moins en moins comme un tabou et nombreux sont ceux qui s’interrogent sur le bien fondé de conserver une monnaie qui apparait de plus en plus comme trop contraignante pour la plupart des pays l’ayant adoptée. Si jamais une sortie de l’euro devait avoir lieu – par défaillance d’une économie majeure de la zone par exemple – celle-ci devrait être préparée sous peine de déflagration économique majeure.

En attendant de suivre tous ces évènements, Polemos vous souhaite de très bonnes fêtes de fin d’année 2011.


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