Comprendre la guerre, histoire et notions – L. Henninger et T. Widemann

Paru il y a quelques semaines, l’ouvrage co-écrit par Laurent Henninger et Thierry Widemann chez Perrin est le premier livre chroniqué dans ces colonnes. Le petit ouvrage (221 pages en format poche) écrit par deux chargés d’études de l’IRSEM ambitionne de devenir un vrai « manuel d’initiation à l’histoire militaire et à la pensée stratégique » (4e de couverture). Venant combler un vide assez criant dans les études stratégiques françaises, cet opuscule se présente en réalité plus sous la forme d’un lexique ou d’une collection thématique de notices que d’un manuel au sens où il appréhende les grandes questions ayant trait à la guerre sous forme de brefs chapitres de quelques pages (2-3), relativement indépendants les uns des autres.

Le format de l’ouvrage apparait ainsi très original et intéressant puisqu’il permet de balayer dans un livre de poche facilement transportable et consultable la plupart des grands problèmes de la pensée stratégique comme de l’histoire militaire. Organisé en trois grandes parties – La guerre et l’Etat, l’art de la guerre, les hommes et les armes – il offre une première approche intéressante. Ne nous y trompons pas, l’ouvrage est parfaitement ce qu’il ambitionne, à savoir une introduction à ces questions dont la complexité, nous nous en faisions l’écho, rebute souvent le néophyte qui ne sait pas toujours où trouver les informations pertinentes et comment se situer par rapport aux grands débats.

Certes l’ouvrage souffre aussi de quelques défauts à commencer par celui intrinsèque à tout livre écrit à 4 mains – 6 même dans le cas présent puisque Pierre Journoud vient parfois prêter son concours aux deux auteurs, notamment dans l’excellente notice  « Le traité de paix : un instrument au service du vainqueur ou de la paix » pp. 77-79 – celui d’une inégalité de traitement des questions voire de certaines redites ou oppositions, notamment sur la question de « la guerre totale ». De même on pourra regretter que certaines notions basiques ne soient pas plus abordées comme la différence et la complémentarité stratégie – tactique ou, problématique complexe des études stratégiques, le fameux niveau opératif qui est le moins intuitivement abordable pour des lecteurs extérieurs à ces univers.

Au-delà de ces petits éléments améliorables, le livre reste très intéressant, notamment dans la 3e partie (les hommes et les armes) qui est la plus originale et novatrice, remettant, avec bonheur, sans cesse l’Homme au centre de ce qui est l’une de ses activités par excellence : la guerre. Certaines notices apportent ainsi dans un espace réduit des éclairages particulièrement pertinents sur des problématiques complexes : outre celle sur « le traité de paix », citons pêle-mêle « Qu’est-ce qu’une victoire ? », « Drill & danse », « Les batailles sont des lieux de mémoire », etc.

Reflétant les avis parfois tranchés de ses auteurs – notamment sur la question de la Révolution dans les Affaires Militaires – Comprendre la guerre réussit parfaitement ce qu’il ambitionne : se positionner comme un ouvrage de référence, nécessaire pour l’approche de ces sciences complexes et permettant dès sa lecture une participation aux débats. Il mérite ainsi une place dans les bibliothèques des amateurs qui en deviendront ainsi « éclairés ».

Ceci est la première chronique d’ouvrage de Polemos.fr. Auteurs et éditeurs si vous souhaitez voir vos ouvrages de géoéconomie, géopolitique, stratégie ou autre thème ayant trait à ce site, contactez nous sur nicolas.mazzucchi@polemos.fr


2 comments to Comprendre la guerre, histoire et notions – L. Henninger et T. Widemann

  • cyrille

    Bonjour, nicolas

    Peux-tu me dire si il existe un lien avec le livre de deux anciens généraux français qui porte le même titre et qui a reçu le prix Vauban?

    MERCI

    A+

  • Nicolas Mazzucchi

    Hello,

    Si tu veux parler du livre de Desportes préfacé par Crene, il n’y a aucun rapport entre les deux. Celui de Henninger et Widemann se présente avant tout comme un petit « bréviaire » d’introduction découpé en de multiples éclairages thématiques (les hommes, la technologie, la stratégie, l’image, la mémoire, etc.), alors que l’autre est plus une somme analytique sur « la guerre » (si mes souvenirs sont exacts à ce sujet).

    A bientôt