Obama – Chine : affrontements énergétiques en vue

USA, ObamaLa décision prise par le président américain à la fin du mois de septembre 2012 de bloquer les investissements entrepris dans l’Oregon par une société chinoise de construction d’éoliennes sonne le départ officiel d’un affrontement énergétique américano-chinois de moins en moins feutré. En utilisant l’un des dispositifs protectionnistes américains de dernier recours, le Commitee on Foreign Investment in the United States, B. Obama lance l’offensive contre la poussée chinoise dans le secteur des renouvelables.

La politique énergétique menée par B. Obama depuis les débuts de son mandat s’apparente, dans sa volonté d’un certain isolationnisme comme d’un recentrage sur le continent américain, plus à la ligne politique républicaine qu’à celle des Démocrates. Toutefois cette politique énergétique est plus la résultante de contraintes extérieures trans-partisanes. La nécessité de sortir du bourbier irakien combinée à une crise économique qui a frappé les Etats-Unis de manière extrêmement forte, a conduit à ce nécessaire recentrage sur l’Amérique au nom d’une volonté d’autosuffisance proclamée. Les premières expériences américaines en ce domaine – notamment l’extraction de charbon par arasement de montagne – étaient des échecs relatifs jusqu’à la mise en production industrielle de la production de gaz naturel par les réservoirs de gaz de schiste disséminés sur le sol des Etats-Unis. Toutefois, au-delà de la stabilité de ce modèle économique sur le moyen-long terme (1), l’administration américaine, en choisissant – plus ou moins de manière obligée – de rester sur un mix énergétique majoritairement fondée sur les énergies fossiles (charbon, gaz et pétrole) a laissé le champ libre aux autres puissances dans le domaine des renouvelables.

Dans le même temps, la poussée de la Chine dans les énergies renouvelables (ENR) et principalement sur deux d’entre-elles, le solaire et l’éolien (2), amène à une modification du rapport de force énergétique entre les deux puissances. La Chine, consciente de ses défauts structurels dans le domaine de l’énergie (population en croissance importante, besoin d’améliorer l’accès à l’énergie dans les campagnes, développement économique, rééquilibrage d’un mix énergétique essentiellement tourné vers le charbon, absence de matières premières autres que le charbon sur son territoire, etc.) cherche depuis quelques années à développer une expertise dans les ENR tant pour elle que dans une optique de projection de puissance. Si le rééquilibrage du mix énergétique chinois sera long et délicat et ne passera que partiellement par les renouvelables – la Chine développe de nombreux projets nucléaires en partenariat avec des entreprises étrangères (3) dans le but de tripler la part de l’énergie nucléaire dans le mix national – la forte demande de nombreux pays, quel que soit leur stade de développement, en ENR pousse Pékin à s’intéresser de plus en plus à ces énergies. En effet, si les demandes occidentales se concentrent sur une amélioration qualitative des installations en vue de lutter plus efficacement contre le changement climatique, les pays émergents et moins avancés sont aussi demandeurs de solutions énergétiques adaptées tant à leur demande qu’à une réglementation climatique qui va aller en se durcissant. A l’exemple du Brésil développant de plus en plus les biocarburants et la biomasse en Afrique de l’Ouest, la Chine entend bien profiter de ce changement global d’approche de l’énergie pour se positionner non plus en tant que prédateur de matières premières mais en tant que développeur afin de mieux coller à son approche diplomatique Sud-Sud revendiquée.

Dans ce domaine, les Etats-Unis sont extrêmement mal placés. Intrinsèquement convaincus de la nécessité d’améliorer la part de l’électricité issue de renouvelables (4), ils savent également que ces dernières sont le parent pauvre de leur industrie énergétique. Obligés de recourir à des fournisseurs étrangers, en majorité européens, ils se trouvent de plus en plus face à la Chine qui profite des règles de marché pour tenter d’imposer ses solutions industrielles sur le sol des Etats-Unis. En ce domaine les différences entre les Etats fédérés se font jour, entre une Californie en forte demande de renouvelables (5), disposée à accepter ces solutions d’où qu’elles viennent et des Etats plus conservateurs comme le Texas opposés à un bouleversement du mix, surtout si celui-ci se fait au profit de la Chine.

Le positionnement américain sur l’énergie, face à la Chine comme aux autres émergents voire aux Européens, semble ainsi être extrêmement défensif, axé sur la conservation de puissance identifiée à l’indépendance. Cette stratégie du « moins pire » est aussi un révélateur de la perte de puissance de Washington sur la scène internationale, dans l’énergie comme dans d’autres domaines. Ce passage à la défensive, constaté depuis la crise, est aussi la source d’une certaine crise de la conscience américaine (6) tiraillée entre les mythes nationaux de son inconscient collectif (la Frontière, la Destinée Manifeste, etc.) et la réalité économique qui met en lumière la forte montée en puissance de challengers émergents. Contrairement à une Europe acceptant plus facilement les thèmes intellectuels du déclinisme, les Etats-Unis se trouvent déchirés dans la dichotomie existant entre leur approche traditionnelle du monde et la réalité des relations économiques internationales.

Les Etats-Unis se trouvent ainsi de plus en plus positionnés sur la défensive par rapport à la Chine dans le domaine des ENR et doivent faire face à un dilemme : jouer selon les règles du marché et accepter une certaine perte de contrôle où unilatéralement « bunkeriser » leur territoire. Le fait du prince de B. Obama de septembre dernier laisse à penser que c’est la deuxième solution qui a été retenue, reste à savoir si cette position sera tenable dans le temps avec une Chine qui se fera sans doute un plaisir de répliquer devant les instances internationales de l’OMC ou du CIRDI.

(1)   N. Mazzucchi, « Le défi énergétique des Etats-Unis » in Nouvelle Revue Géopolitique n°6-7, octobre – décembre 2012.

(2)   E. Meneut, « La Chine, superpuissance du développement propre », Diploweb.com

(3)   A l’image de Taishan 1 et 2, EPR construits par Areva

(4)   A l’instar des déclarations de B. Obama lors du discours sur l’état de l’Union 2012.

(5)   L’affaire Enron et les gigantesques coupures d’électricité de 2002-2003 sont encore dans les mémoires et la situation électrique de la Californie est encore loin d’être stabilisée.

(6)   Pour reprendre le titre d’un ouvrage de P. Hazard sur l’Europe à l’époque moderne.


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