Introduction à la cyberstratégie – O. Kempf

Amis stratégistes, si le titre du dernier ouvrage d’Olivier Kempf vous rappelle l’œuvre fondatrice du général André Beaufre, Introduction à la stratégie, sachez que cela n’a rien de fortuit. Dans cet ouvrage d’un peu moins de 200 pages l’auteur ambitionne – et réussit – de poser les bases d’une réflexion stratégique sur ce cyberespace qui alimente aussi bien les craintes que les fantasmes.

Introduction à la cybestratégie est un ouvrage clair et pédagogique conçu dans le but de permettre au plus grand nombre de comprendre les règles régissant l’action dans le cyberespace. Après une partie de définitions plus qu’utile, O. Kempf découpe son propos selon les trois composantes de la stratégie : l’espace, le temps et les forces, rappelant par la même que si le cyber est un espace d’action original, il est, au même titre que les autres, soumis à des constantes en matière de réflexion et de compréhension stratégique. Le cadre global, présentant les différentes caractéristiques du cyberespace en tant que champ stratégique comme les 3 couches (matérielle, logicielle, sémantique), la « mobiquité », l’intangibilité, etc., permet de poser des bases ô combien utiles. L’idée des 3 couches est ainsi fondamentale et, on le comprend dans la partie de l’ouvrage consacrée aux différentes approches nationales du cyberespace, différemment acceptée et appréhendée par les acteurs nationaux. Ainsi à la focalisation américaine – et otanienne – sur les aspects techniques (couche matérielle et couche logicielle) s’oppose à la vision russe et à la vision chinoise plus axées sur la partie sémantique et donc sur le contenu.

Le cyber est ainsi le nouvel espace de la stratégie, venant à la suite – si l’on se réfère à la pensée en sphères de l’auteur – de la terre, la mer, l’air,  l’électromagnétique, le nucléaire et l’espace extra-atmosphérique – même si à notre avis la partition en sphères plus ou moins nettes ne rend pas clairement le côté « transcendant » du cyber. Nouvellement appréhendé dans la pensée stratégique – les « grands anciens » se nomment ici Arquilla ou Ronfeldt – le cyber s’il ne révolutionne pas la pratique et la compréhension de la stratégie, du moins ouvre-t-il la voie à des questionnements et amende-t-il un certain nombre de grands principes.

Parmi les (nombreuses) idées très intéressantes de ce livre, retenons ce que l’auteur nomme « le pouvoir égalisateur du cyberespace », en référence au pouvoir égalisateur de l’atome de P.M. Gallois. Il pose en fait ce qui l’une des caractéristiques principales du cyberespace, voire même la plus importante dans le domaine de la guerre informationnelle, la capacité pour les acteurs de « re-symétriser » leurs actions. Le cyber, vu comme l’espace asymétrique par excellence, est en réalité celui où les notions de « fort » et de « faible » ne sont pas des données génétiques mais des attitudes sciemment choisies et orchestrées.

De même la résilience globale du système, autre paradoxe, s’oppose à la fragilité intrinsèque des différents acteurs et l’auteur nous montre au travers de différents exemples plus ou moins connus du grand public combien certaines grandes entités (entreprises, Etats) peuvent être victimes des cyberarmes.

Posant avec brio la première pierre de l’édifice cyberstratégique français, Olivier Kempf ouvre la porte à de nombreux raisonnements. La définition d’une voie française du cyber, en opposition ou en complément des différentes cultures analysées dans l’ouvrage, apparait ainsi clairement comme une priorité au risque, une fois encore, de se retrouver à la remorque des Etats-Unis. Si l’effort pédagogique de l’ouvrage est plus qu’important, il ne faut pas sous-estimer son apport théorique qui est, c’est le cas de le dire, fondamental.

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