Rétrospective stratégique de l'année 2012

Si 2011 avait été l’année des bouleversements géopolitiques, 2012 aura été celle des confirmations voire des affirmations. Année marquée par plusieurs grandes échéances électorales, l’année qui se termine a été riche d’enseignements. Au niveau des deux premières puissances mondiales, États-Unis et Chine, les élections ont été marquées par la confirmation des stratégies adoptées et la confiance, plus ou moins nette, dans les dirigeants pour poursuivre sur la voie engagée. Aux États-Unis tout d’abord, la réélection de B. Obama confirme la tendance américaine au repli stratégique sur le continent américain et à la morosité ambiante, les Américains ayant choisi de ne pas changer de capitaine au milieu du gué et de faire confiance à celui qui leur apparaissait dans ses choix internationaux comme le moins aventureux. Gageons qu’avec le retrait prévu d’Afghanistan et la volonté de se recentrer sur le Pacifique, les États-Unis vont encore plus se mettre en position de faire face à la Chine.

Du côté de Pékin où l’on avait sciemment reculé la date du XVIIIe congrès du Parti Communiste Chinois, de manière à la faire coïncider avec  celle de l’élection présidentielle américaine, le triomphe des Shanghaiens a été total. Après l’élimination politique de Bo Xilai en début d’année, la voie était toute tracée pour Xi Jinping, prince rouge s’il en est, qui devrait continuer sur la voie tracée en son temps par X. Deng avec toutefois une présence chinoise de plus en plus marquée dans l’ordre international. Cette nécessité de la Chine de s’intégrer de plus en plus au niveau des institutions globales pour affermir son statut de très grande puissance – ce qui va de pair avec le développement d’un hard power plus marqué notamment au niveau naval – devra se faire sans renier les fondamentaux de la stratégie chinoise d’ouverture progressive depuis les années 80, ce qui n’est pas sans poser un certain nombre de problèmes.

Les puissances positionnées plus sur la défensive, faisant souvent face aux difficultés de la crise, comme la France et le Japon ont par contre choisi le changement politique radical. L’impossibilité de la part des gouvernants en place de trouver une issue à une crise économique globale qui se fait sentir jusque chez les émergents considérés comme les plus solides comme la Chine et le Brésil, a amené en Europe comme au Japon à des bouleversements politiques. S’il est encore trop tôt pour tirer un bilan de ces changements, ils annoncent vraisemblablement une tendance lourde pour l’Europe où les élections risquent de se précipiter en 2013 à la suite de l’exemple italien.

Au Maghreb et au Proche et Moyen-Orient, les suites des « Printemps Arabes » sont toujours aussi peu claires. Si la situation semble à peu près calme en Tunisie, du moins en apparence, l’embrasement égyptien du dernier trimestre de 2012 et la poursuite de l’insurrection syrienne ne laissent pas entrevoir d’apaisement sous peu.

Au niveau global 2012 aura été marquée une fois de plus par l’impossibilité de la réforme des institutions internationales et par l’échec des tentatives de régulation. Si l’échec de la conférence annuelle de l’UNFCCC sur le climat revient chaque décembre comme un triste marronnier, celle de Dubaï sur la régulation du net, sans grande surprise elle-aussi, confirme le blocage complet de l’ordre international.

Au niveau personnel, 2012 aura été l’année du colloque « Se révolter au XXIe siècle » qui s’est déroulé le 14 mai dernier sur le site de l’Ecole Militaire de Paris. Le succès de ce colloque, international et interdisciplinaire, ouvre la voie à de nouvelles réflexions innovantes sur des sujets d’actualité. 2012 aura aussi marqué le lancement de la rubrique « livres » du site qui ajoute une nouvelle dimension à l’aventure Polemos.

Cette année on suivra plus particulièrement:

  • Les élections législatives anticipées en Italie et l’éventuel effet domino qu’elles pourraient provoquer en Europe en cas de nouvelle dégradation de la situation économique du continent. Les projections actuelles tablent sur un retour au mode de fonctionnement des années 90 avec une droite plus ou moins unie autour de S. Berlusconi, un centre disparate et prompt aux mouvements centrifuges qui voit en M. Monti la moins pire des solutions et une gauche toujours aussi divisée sur les idées comme sur les hommes.
  • La situation en Afrique sahélienne entre Mali, Niger et Centrafrique où les interventions militaires sous bannière continentale se feront aussi avec un appui européen. La situation des expatriés occidentaux risque de devenir de plus en plus complexe, ces derniers étant de plus en plus exposés aux enlèvements qui les transforment en monnaie d’échange politique.
  • L’évolution de l’Afghanistan où le retrait des dernières forces de l’OTAN s’accélère. Entre possibilité avérée d’un retour des Talibans, consolidation hypothétique du pouvoir de Karzaï hors des murs de Kaboul; le tout sur fond d’une influence géoéconomique chinoise qui se fait de plus en plus importante (contrats pétroliers et miniers notamment).
  • L’évolution de la confrontation géoéconomique américano-chinoise centré sur le Pacifique. Le développement, au stade embryonnaire pour le moment, d’une capacité navale hauturière chinoise couplée aux nombreuses tensions pour les divers archipels de la Mer de Chine (Spratley, Paracels, Senkaku / Diayu) risque d’entrainer une lutte d’influence de plus en plus féroce autour de certains pivots (Indonésie, Philippines, Péninsule coréenne).

En attendant de suivre l’évolution de tous ces évènements, Polemos vous souhaite de très bonnes fêtes de fin d’année 2012.


Les commentaires sont fermés pour cet article.