Niger : haro sur Areva

nucleaire, centrale, EDF, Areva, Alstom, uranium, powerplant, nuclear, Toshiba, General Electric, Mitsubishi, energy, electricty, energie, electriciteLes temps sont durs pour les grandes entreprises françaises. Alors que certaines s’enfoncent dans la crise, celles qui peuvent apparaitre comme les plus florissantes se trouvent également mises en difficulté, la faute à une situation géopolitique complexe. La grave crise politico-sécuritaire qui secoue la bande sahélienne depuis de nombreuses années et dont le point d’orgue récent a été l’intervention française au Mali, a des répercussions sur les pays alentours et leur économie. Dans le cas du Niger, important pays minier dont la principale richesse réside dans ses ressources en uranium, l’enlèvement en 2010 de salariés d’Areva, principal exploitant local du minerai, a longtemps été l’aveu d’une incapacité sécuritaire.

La libération de quatre de ces otages, à la fin du mois d’octobre 2013, marquait pour l’entreprise française ainsi que pour le gouvernement nigérien la fin de plusieurs années d’angoisse ; même si tous les otages n’ont pas encore été libérés. L’implication de la France dans la traque des ravisseurs issus de l’organisation terroriste AQMI associée à la volonté de laisser le plus d’initiative possible aux acteurs locaux a ainsi fini par payer. Les récits, fort divergents, abondent sur cette libération : avec ou sans rançon, en utilisant ou non des éléments extérieurs aux forces militaires françaises, etc. Quelle que soit la vérité qui au fond importe peu, les éléments tangibles et publiquement connus laissent entrevoir plusieurs scénarios pour la suite des évènements au Niger.

La renégociation d’une série de contrats miniers se profile ainsi à l’horizon 2014 pour Areva et, dans ce cadre, il est finalement peu étonnant de constater la grande implication du président nigérien dans la libération des otages français. S’il devait se révéler que le Niger a pris une part prépondérante dans celle-ci, l’argument de sécurité souvent avancé par les autorités françaises pour s’octroyer la part du lion – environ 65% des parts à Arlit et 35% à Akouta – dans les concessions serait caduc. Un Niger s’affichant fort et déterminé pourrait ainsi exiger de voir sa part augmenter dans chacun des projets miniers. Cette volonté de rééquilibrer les contrats à son profit semble ainsi guider l’action du gouvernement du Niger depuis quelques années, surtout depuis qu’un nouvel entrant fait figure d’alternative au partenaire historique.

Il est ainsi peu étonnant de voir que cette soudaine prise d’initiative du gouvernement de Niamey arrive au moment où la Chine se fait de plus en plus présente au Niger. Toujours au mois d’octobre 2013, en pleine négociation pour la libération des otages français, le gouvernement du Niger se voyait octroyer par Eximbank, principale banque d’investissement chinoise à l’étranger, un prêt d’1 milliard USD. Si le pétrole représente la principale contre-garantie dudit prêt, les autres ressources nationales attirent également les appétits de Pékin, toujours à la recherche d’approvisionnements en matières premières. Mais c’est avant tout dans le domaine de l’uranium que la Chine s’implique. En effet la dernière grande mine ouverte, à Azelik en 2011, l’a été par la Chinese Nuclear National Corporation, principale entreprise publique chinoise chargée du développement des projets nucléaires. Cette mine d’Azelik qui doit atteindre son plein rendement vers 2015 avec 2 500 tonnes annuelles – production équivalente à la moitié de celle d’Areva dans le pays –  deviendra dans quelques années l’un des principaux actifs économiques du pays et une importante source de fonds pour l’Etat nigérien.

La volonté de Pékin de se positionner de plus en plus sur les marchés de l’uranium, au Niger mais aussi en Namibie où les compagnies minières chinoises sont de plus en plus actives, s’explique avant tout par la volonté chinoise de disposer de sources sures pour son approvisionnement futur. En effet la Chine s’est lancée depuis plusieurs années dans un gigantesque programme nucléaire portant sur plusieurs dizaines de centrales (entre 80 et 120 selon les sources). Dans ce cadre, auquel collaborent tous les grands industriels mondiaux du secteur, y compris Areva qui construit les EPR de Taishan 1 et 2, la Chine risque de se retrouver rapidement dépendante des fournisseurs de combustible. C’est pourquoi, dès maintenant, des entreprises comme la CNNC prennent des positions importantes dans les grands pays miniers afin d’être capables de disposer d’un contrôle le plus abouti possible sur la chaine de valeur nucléaire.

C’est dans ce contexte délicat que l’ONG Oxfam, au travers de sa filiale française attaque – opportunément ? – Areva sur ses contrats miniers au Niger. Attaque principale sur les montages financiers, avec une accusation de pillage économique pas si éloignée de la rhétorique néocoloniale, puis, pour finir, une porte ouverte sur les dégâts sanitaires et environnementaux. Ce rapport, co-publié avec une coalition d’ONG nigériennes, tombe pour l’entreprise française au plus mauvais moment. Le rapport d’Oxfam ne dit bien sûr rien de la situation de la mine d’Azelik tenue par la CNNC, montrant bien, dès la couverture, qu’Areva est la seule cible.

Dans ce cadre doublement concurrentiel, Areva semble avoir pris les devants avec la mise en valeur de plus en plus poussée de ses actifs en Mongolie. Alors que nous l’évoquions ici il y a quelques années, il semble que la Mongolie puisse devenir une base de plus en plus importante pour l’entreprise française. La Mongolie aurait l’avantage, outre une diversification des sources et donc une moindre dépendance au Niger, sa proximité géographique de la Chine, réduisant les coûts logistiques et calmant les angoisses de Pékin quant à sa sécurité énergétique. La géoéconomie de l’uranium apparait de plus en plus bouleversée par l’arrivée de ce nouveau grand acteur qui n’entend pas laisser aux autres les clés de sa sécurité quitte à chambouler tout l’équilibre existant.


Les commentaires sont fermés pour cet article.