L'énergie, enjeu de défense

Cet article est issu d’une intervention lors du colloque « Stratégie de défense, des choix de société » au Conseil Economique Social et Environnemental du 31 janvier 2014

L’énergie si elle est toujours considérée – avec raison – comme un enjeu économique et de société, est également un enjeu de défense et ce à un double titre. Tout d’abord l’énergie revêt une importance directe pour les forces armées puisqu’elle leur offre les capacités d’alimentation des systèmes complexes aussi bien que la possibilité de se mouvoir. Sans remonter jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale et aux campagnes d’Afrique ou de Russie, l’énergie joue de plus en plus un rôle fondamental dans la conduite des opérations, amenant à une prise en compte accrue de ses enjeux propres par les responsables militaires.

La France, eu égard à son niveau de maturité économique et à l’importance de sa population est, cela n’étonnera personne, l’un des premiers consommateurs mondiaux de pétrole. Si le pays consomme près de 2% du total mondial, prenant place au 13e rang, il est surtout le 7e importateur mondial avec près de 100% du total des produits consommés. Dans cette optique, il importe de comprendre quelle place le pétrole occupe dans les forces armées. Élément central de la logistique, à la fois en tant qu’enjeu et moyen de cette dernière, les produits pétroliers sont au cœur des réflexions militaires. S’il importe de se focaliser sur les capacités intrinsèques des forces, celles de leur aptitude à combattre s’avère également primordiale. Que seraient ainsi les matériels les plus performants sur le papier une fois privés de carburant ou de munitions ?

C’est dans cette optique que les enjeux des carburants sont tout à fait bien pris en compte en France que ce soit directement par le Service des Essences des Armées (SEA) ou au niveau otanien. Le SEA est ainsi l’une des composantes majeures de la projection des forces françaises à l’extérieur qui a un impact non-négligeable sur les budgets des armées puisqu’en 2012 le service à dépensé 744 millions EUR en achat de produits pétroliers eu égard à l’absence de ressources véritablement exploitables en France. Si la question pétrolière est prise en compte au niveau national, elle l’est également au niveau multilatéral avec l’OTAN. Cette dernière a ainsi une longue tradition énergétique avec la mise en place pendant la Guerre Froide d’un système de pipelines en Europe occidentale (NPS) conduisant vers la fameuse trouée de Fulda. En outre, plusieurs agences sont responsables à des degrés divers des problématiques de carburants: NSPA, Petroleum Comitee. Toutefois c’est surtout le Nouveau Concept Stratégique 2010 qui donne le la en matière de réflexion énergétique avec les points 13 et 15 qui lui sont directement consacrés.

Toutefois une problématique émerge de plus en plus au sujet de l’énergie dans les forces armées, celle de approvisionnement des systèmes C4ISR. Ces derniers qui sont la colonne vertébrale de commandement et de renseignement des opérations modernes, sont de plus en plus énergivores. Le problème se pose alors de leur alimentation continue en électricité, notamment en lien avec la lutte contre le changement climatique, mais aussi et surtout de la vulnérabilité de ces installations électriques. En effet, dans le cadre des conflits actuels, l’un des moyens les plus sûrs de paralyser une force occidentale est de s’attaquer à la source énergétique de son système C4ISR, la rendant aveugle et muette.

La défense n’est toutefois pas qu’une affaire militaire. Dans la tradition française, la Défense Nationale regroupe aussi les défenses civile et économique et, dans le cas de cette dernière, l’énergie a également un rôle majeur. La défense économique met ainsi en avant le besoin absolu d’assurer la continuité de fonctionnement des infrastructures vitales du pays et, dans ce cadre, l’énergie y est à la fois un enjeu et un moyen. Les centrales nucléaires par exemple qui constituent la majorité du mix électrique de la France (75%) sont ainsi des infrastructures vitales qui doivent être protégées au même titre que la sécurité des approvisionnements pétroliers, eux-aussi vitaux. Contrairement à une idée répandue, les approvisionnements gaziers sont moins critiques pour la France et ce pour deux raisons; d’une part le gaz est en France une énergie marginale dont les principaux usages sont domestiques mais surtout car les sources du gaz arrivant en France ne présentent pas de danger géopolitique immédiat et une proximité certaine (Pays-Bas, Norvège, Algérie pour les 3 premiers).

Il importe ainsi pour répondre à ces impératifs de défense économique non seulement d’assurer encore plus la sécurité des approvisionnements en matières premières (pétrole mais aussi uranium) mais également de protéger les infrastructures et les savoir-faire inhérents notamment en matière nucléaire. La France dispose parmi les pays de l’OTAN d’un des mix énergétique les plus intéressants avec une électricité provenant à 90% du couple nucléaire-hydraulique; il serait dommage dans cette optique de se priver d’une vraie source d’indépendance.

Défense : un colloque historique par CFDT_TV


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