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Gaz de schiste, l’arbre qui cache la forêt

gaz, gas, LNG, GNL, hydrocarbure [1]A quelques jours de la conférence environnementale organisée par le gouvernement, ressort l’épineux dossier du gaz de schiste que l’on pensait pourtant quasi-refermé suite à la polémique de 2011 et la loi qui s’en était suivie. Cette conférence, fortement politisée, devrait ainsi être le lieu de la réouverture d’un dossier médiatiquement épineux et qui conserve toujours dans l’opinion un côté épidermique. La précédente assemblée, loin d’interdire purement et simplement l’exploitation des gaz de schiste, a choisi de se concentrer sur la technique de fracturation hydraulique qui est l’aspect le plus décrié de ces derniers. La loi 2011-835 [2] n’est ainsi pour ses détracteurs qu’un paravent qui favorise les grandes entreprises du secteur et qui leur permettrait de reprendre l’exploration-production dès qu’une nouvelle technique serait disponible. Tout semble donc en place pour que se joue un nouvel acte de la tragi-comédie du gaz de schiste si ce n’est que cette dernière n’est qu’un jeu d’ombres médiatique qui arrive à point pour toutes les parties en présence.

Les entreprises du secteur de l’énergie tout d’abord se trouvent finalement peu enclines à se lancer dans l’aventure des gaz non-conventionnels onshore dont elles perçoivent les multiples chausse-trappes. Certes les Etats-Unis ont réussi à diminuer de manière très significative leur facture gazière, toutefois le modèle du gaz de schiste à l’échelle d’un pays semble atteindre ses limites outre-Atlantique d’autant plus que les Etats-Unis ne sont pas la France. Technique d’extraction polluante et couteuse, grande dispersion du gaz en multiples petits réservoirs qui interdisent la mise en place de dispositifs d’extraction à grande échelle, difficultés à transformer les gaz extraits pour les injecter dans les circuits domestiques et industriels sont autant d’obstacles que rencontrent les producteurs américains. En outre la situation des approvisionnements extérieurs des deux pays est totalement différente. Outre les hydrocarbures de ses voisins immédiats, Canada et Mexique, les Etats-Unis étaient obligés d’importer sous forme liquéfiée depuis Trinidad et Tobago, voire depuis le Golfe Persique et l’Asie du gaz naturel à grands frais. La France quant à elle a depuis longtemps sécurisé des approvisionnements plus immédiats et principalement européens (Pays-Bas et Norvège) ou méditerranéens (Algérie) par gazoducs ce qui entraine des coûts bien inférieurs à ceux des Etats-Unis.

Du côté des associations écologistes, à forte tendance régionaliste sur ce dossier, comme des politiques l’affaire semble entendue. Il est d’ailleurs étonnant de voir tant d’agitation sur une affaire qui n’en est pas une à moins que celle-ci ne profite à tout le monde. Les dirigeants politiques trouveraient avec le dossier du gaz de schiste un problème facile à régler puisque les industriels ne devraient pas s’y accrocher et les associations y gagneraient une victoire facile, sans véritable opposition.

Cette fixation sur le (faux) problème du gaz de schiste sert à cacher les vrais problèmes énergétiques de la France dont les entreprises du secteur sont parmi les plus dynamiques du monde. Le vieillissement des installations de production d’électricité et notamment des centrales nucléaires, dont une grande partie dépasse allègrement les 30 ans, amène mécaniquement à la nécessité d’un rajeunissement du parc national. Ce dernier qui s’annonce extrêmement coûteux, ne pourra être évité à terme. Les difficultés industrielles rencontrées par l’EPR de Flamanville, toujours pas en service, ne participent pas de l’optimisme en ce domaine.

Concernant les installations de production électrique, les efforts dans des solutions viables économiquement d’énergies renouvelables (ENR) devraient être redoublés et soutenus par l’Etat plutôt que de continuer le saupoudrage d’éoliennes aussi inutiles que gênantes. La Chine, pour mentionner un des multiples concurrents de la France dans le domaine énergétique, est ainsi en train de développer des solutions technologiques et industrielles de production d’énergie solaire à grande échelle et devrait devenir d’ici une décennie un acteur majeur des énergies renouvelables. La multiplicité des solutions envisagées pour la production d’électricité (éolien offshore, marémoteur, solaire, géothermique, hydraulique, etc.) doit permettre à terme une vraie diversification de la production pour respecter les engagements climatiques européens et internationaux, donner une avance dans le domaine industriel des énergies renouvelables à la France et compléter l’expertise que le pays dispose déjà dans de nombreux domaines comme le nucléaire.

Outre la production d’énergie, le développement et le déploiement de solutions sur les réseaux électriques de type smart grids permettrait à production initiale inférieure de disposer de la même quantité d’énergie pour le consommateur final. Cette solution, envisagée en Allemagne pour pallier à l’arrêt de ses centrales nucléaires, pourrait être en France le complément idéal aux deux précédentes solutions (rajeunissement du parc nucléaire et développement industriel à grande échelle d’ENR) non pas pour une sortie du nucléaire aussi couteuse qu’illusoire, mais pour – outre la baisse des factures pour les consommateurs français – permettre au pays de devenir un grand exportateur tant d’électricité à destination des voisins immédiats interconnectés (Allemagne, Italie, Suisse, Espagne, etc.) que de se placer comme un pays en pointe dans une technologie qui sera de plus en plus demandée à l’étranger à l’avenir.

Le dernier grand point d’urgence énergétique est représenté par l’approvisionnement pétrolier du pays, bien plus complexe que pour le gaz naturel. Le dossier guyanais fait dans cette optique figure de priorité. Dossier épineux s’il en est puisqu’il a déjà couté sa place à un ministre [3], il est pourtant incontournable pour la sécurité des approvisionnements français. L’exploration-production de pétrole sur le territoire français, avec une entreprise française à la tête du consortium, permettrait d’accumuler des réserves de devises ou du moins de faire baisser les prix à la pompe de manière « naturelle ». En outre cette exploitation entrainerait le développement d’un territoire souvent délaissé par la métropole où les taux de chômage et de criminalité sont largement plus élevés qu’ailleurs en France.

Ces quatre grands problèmes sont les véritables enjeux de l’énergie française tant sur ses implications nationales qu’internationales. Outre la sécurité des approvisionnements et l’équilibre économique qu’ils représentent, ils sont aussi porteurs de puissance et de compétitivité internationale pour les entreprises du secteur de l’énergie. Pour que ces dernières restent des fleurons économiques comme des vitrines technologiques du pays, elles doivent être soutenues et encouragées sur les vrais enjeux d’un secteur éminemment stratégique.