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Le Prix Nobel de la Paix : un cadeau empoisonné ?

Récompense suprême de l’altruisme, aboutissement ultime de longues années de lutte ou d’une carrière exceptionnelle d’abnégation, le Prix Nobel de la Paix couronne bien souvent de lauriers une œuvre de longue haleine.

 D’Henri Dunant, primé en 1901 et fondateur de la Croix Rouge plus de quarante ans auparavant à Martti Ahtisaari, lauréat 2008, ayant inlassablement œuvré pendant trente ans pour la paix, les lauréats du prix sont souvent des gens à la longue carrière au service de la paix. Or cette année en choisissant Barack Obama, le Comité Nobel a créé la surprise. En effet, la nouvelle de la nomination du  président américain comme lauréat du prestigieux prix, après seulement une année de mandat, a créé une vive émotion jusque dans la presse américaine. [1] Du Wall Street Journal affichant sa « perplexité » au Washington Post parlant de « stupéfaction générale » en passant par la « reconnaissance mitigée » du New York Times, les médias des Etats-Unis ont du mal à comprendre le choix du Comité norvégien. Barack Obama rejoint ainsi dans une atmosphère étrange la liste des présidents américains récompensés : Théodore Roosevelt, Woodrow Wilson et Jimmy Carter. Ce qui crée sans doute un certain malaise au sein de la presse américaine est probablement l’incapacité à identifier clairement le ou les acte(s) pour le(s)quel(s) Barack Obama se voit aujourd’hui récompensé. Alors que Roosevelt (1906) le fut pour sa médiation dans la guerre russo-japonaise, Wilson (1919) pour la création de la SDN et Carter (2002) pour ses efforts répétés pendant et après son mandat (accords de Camp David, traité SALT II), rien ne vient pour le moment marquer de manière indélébile la première année de la présidence Obama.

Toutefois les réactions les plus inattendues sont plutôt venues de l’extérieur des Etats-Unis et plus précisément des autres chefs d’Etat, Dimitri Medvedev en tête [2]. Le président russe s’est ainsi félicité de ce Prix Nobel, au même titre que d’autres leaders pourtant assez éloignés politiquement des USA comme Fidel Castro [3]. Et pour cause, cette récompense apparaît plus pour un président qui entre à peine en exercice comme une promesse sur l’avenir qui pourrait rapidement se transformer en cadeau empoisonné. Maintenant qu’il a été désigné comme héraut de la Paix, Barack Obama va se trouver de fait limité dans son champ d’action diplomatique, ses mouvements sur la scène internationale étant encore plus scrutés qu’auparavant.

En plein débat sur l’envoi de troupes [4] en Afghanistan suite au rapport du général Mc Chrytsal, dont nous avions déjà évoqué le contenu dans ces colonnes [5], l’attribution du Prix Nobel vient compliquer la situation. En effet, comment serait interprété l’envoi de nouvelles troupes de l’OTAN en Afghanistan alors que de plus en plus de voix, venues notamment de Russie, insistent chaque jour sur les « bavures » des militaires occidentaux et l’absence de légitimité de leur présence dans le pays ? Alors que la région semble de plus en plus instable notamment le Pakistan en proie à un déferlement de violence de la part de Talibans de plus en plus audacieux.  En effet, aujourd’hui même, des Talibans ont pris d’assaut le QG de l’armée pakistanaise [6] à Rawalpindi avant d’en être délogés par des commandos. La situation de l’allié des Etats-Unis semble devenir très préoccupante, au point d’en inquiéter très fortement la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton [7].

Dans ces conditions un président Prix Nobel de la Paix peut-il avoir une politique de fermeté, même sans tomber dans les excès de son prédécesseur ?  C’est peu probable. La récompense du Comité Nobel, honneur suprême en temps normal risque de se transformer en épée de Damoclès au dessus de la tête de Barack Obama, au plus grand plaisir des adversaires des Etats-Unis et de l’OTAN.