Les géants miniers lancés dans la bataille alimentaire mondiale

La croissance démographique mondiale, très majoritairement due aux pays du Sud, actuellement Chine et à partir des années 2020 Inde, risque, nous le savons, de dépasser à terme les capacités productives mondiales et de transformer en réalité les prédictions sur les « guerres mondiales de la faim ». Fort heureusement, nous n’en sommes pas encore là et si dans certains endroits de la planète des conflits localisés existent, cette problématique reste très circonscrite pour le moment.

Toutefois de nombreux organismes supranationaux ne cessent d’avertir tant les Etats que les entreprises sur les enjeux de l’alimentation mondiale dans les quarante ans à venir. Même si ces mêmes organismes renforcent leur coopération pour être plus efficaces dans leur action, l’impulsion décisive viendra sans doute de la conjonction de l’action des Etats et des entreprises.

Alors que jusqu’ici tout le monde se focalisait sur l’accès à l’eau potable comme principal enjeu, comme en témoignent les tensions sur le sujet tant en Amérique Latine qu’en Asie Centrale, une nouvelle pièce est apparue sur l’échiquier alimentaire mondial et par là même, un nouveau champ de bataille.

Les incendies en Russie de cet été, combinés aux aléas climatiques de ces dernières années en Asie, ont montré l’extrême tension qui existe sur le marché des matières premières alimentaires. Ce marché, géré mondialement depuis Chicago, est l’un des symboles de la Mondialisation, portant à la fois ses espoirs et mettant en avant ses dérives. Or ce marché est très dépendant de la fourniture d’engrais chimiques, de plus en plus sophistiqués et qui, aux vues des enjeux du rendement nécessaire dans les futures années, ne vont cesser de se développer.

Pilier de la Seconde Révolution Industrielle pour peu à peu être dépassé par d’autres secteurs, la fabrication des engrais chimiques va certainement devenir dans les prochaines années une grande source de richesse. Toutefois ces engrais, si avancés qu’ils soient, nécessitent tous une matière première jusqu’ici restée dans l’ombre : la potasse. Occultée par d’autres extractions plus intéressantes stratégiquement, l’extraction de la potasse était jusqu’à il y a peu le fait de quelques entreprises spécialisées. Or, le positionnement stratégique de la bataille de l’alimentation des quarante prochaines années se jouant aujourd’hui, les grands groupes miniers, jusqu’ici plus intéressés par le platine ou l’uranium ont lancé au début de cet automne une véritable offensive économique sur les producteurs de potasse.

Marché partagé en très grande partie entre le Canada et la Russie, producteurs de nombreuses matières premières, est aujourd’hui l’enjeu d’une guerre entre les deux géants miniers internationaux BHP Billinton et Rio Tinto. Lancés sur deux proies distinctes, BHP sur le producteur canadien Potash et Rio Tinto sur le russe Uralkali, les deux géants semblent disposer à se lancer dans une nouvelle phase de coopétition comme celle qui les occupe sur l’uranium australien.

Verra-t-on naitre à terme une entente pour le partage du marché ou assistera-t-on à un affrontement à quatre, Russie contre Canada, déjà opposés sur le dossier de l’Arctique, et BHP contre Rio Tinto, concurrents historiques sur de nombreux marchés ? Il est en tout cas certain que le marché de la potasse et avec lui celui des engrais destinés à l’agriculture mondiale est en passe de devenir un champ de bataille de plus en plus intense dans le années à venir, en même temps que s’intensifiera le problème alimentaire mondial.


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