Le sport : miroir de la puissance des Etats

Rarement l’annonce des organisateurs d’évènements sportifs planétaires aura fait couler autant d’encre que celle qui a eu lieu au début de ce mois de décembre 2010. Il faut dire que, tant pour la Coupe du Monde de football que pour les Jeux Olympiques, la ville ou le pays organisateur devient l’espace de quelques semaines le centre du monde et le lieu le plus présent dans les médias, tous continents confondus.

L’attribution de la Coupe du Monde 2018 à la Russie, au vu des autres candidats, semble au fond plutôt logique et  n’est pas réellement l’objet du débat, sauf en Angleterre où, malgré les difficultés rencontrées pour l’organisation des JO de 2012, on tenait fermement à ce que la Coupe du Monde se tienne sur sol britannique. En réalité la grande polémique du moment est à rechercher du côté du Golfe Persique où l’attribution de l’organisation de l’édition 2022 au Qatar, pays d’1,7 million d’habitants aussi étendu que la Corse et pas spécialement réputé pour son passé footballistique continue à déchainer les passions.

Pour expliquer cette attribution, on a largement, dans des colonnes plus ou moins spécialisées, mis en avant les émoluments pharaoniques versés à d’anciennes gloires cherchant à monnayer les restes de leur célébrité. De même la puissance financière du pays du Golfe a souvent été pointée du doigt, le pays ne rechignant pas dans d’autres sports à naturaliser tous ceux qui peuvent lui permettre d’accroitre ses résultats nationaux.

Au fond c’est bien cela qu’il faut chercher dans cette attribution de la coupe du monde 2022 au Qatar : la volonté d’un Etat de transformer ses succès économiques, ici principalement dus à sa rente énergétique, en une notoriété planétaire que seule un évènement universel peut apporter. Alors que 80% des ressources économiques du Qatar proviennent des hydrocarbures, le pays cherche aujourd’hui à apparaitre comme un Etat « complet », au même titre que ses voisins émiratis. Alors que Dubaï a décidé d’investir dans le luxe et les courses de chevaux et Abu Dhabi dans la culture et l’éducation, le Qatar s’est tourné vers le sport.

Cette volonté fait suite à celle d’autres émergents qui, grâce à leur dynamisme économique et à la place qu’ils occupent dans le monde, deviennent des acteurs incontournables y compris dans le sport où la culture. Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud, 2014 au Brésil, 2018 en Russie et 2022 au Qatar ; Jeux Olympiques 2008 à Pékin, 2014 à Sotchi et 2016 à Rio, cette présence des émergents dans l’organisation de grands évènements sportifs mondiaux s’étend bien au-delà des désidératas de la FIFA. Le sport-spectacle qui symbolise le mieux cette évolution reste la Formule 1 où l’on est passé en dix ans d’un championnat où les grand prix de Bahreïn, Singapour, Chine, Malaisie, Qatar et Turquie ont remplacé ceux de France, Autriche, San Marin, Etats-Unis et Portugal.

Sans tomber dans la dénonciation du sport-spectacle ou de la financiarisation à outrance du sport, force est de constater que l’organisation des évènements à tendance à suivre les évolutions de la croissance internationale. Plus qu’une force économique qui permet un lobbying des plus efficaces, c’est dans une vraie volonté de notabilité et d’exposition médiatique qu’il faut chercher les raisons de ces changements. A titre d’exemple, la finale du dernier mondial sud-africain a réuni à travers le monde plus de 700 millions de téléspectateurs, en faisant le premier évènement télévisuel de la planète.

De plus, s’ils génèrent de fabuleuses retombées, ces évènements planétaires ont aussi un coût d’organisation qui tend à exploser depuis quelques années, les réservant aux économies les plus dynamiques et disposant de réserves mobilisables immédiatement. L’incroyable différence entre les JO grecs de 2004 et chinois de 2008 au niveau de la ponctualité de finition des installations et d’absorption économique par les pays des dépenses nécessaires. Six ans après, la Grèce est obligée de faire appel aux autres Etats et organisations internationales pour éviter une faillite complète et nul doute que les 10 milliards d’euros engloutis pour l’organisation des JO d’Athènes ont aussi pesé dans la balance.

Le double mouvement qui s’opère dans le sport depuis quelques années à savoir du côté des fédérations le couronnement des nouvelles puissances émergentes et du côté ces derniers la transformations de leur réussite économique en exposition médiatique, n’est au fond que le miroir des évolutions internationales économiques et politiques. Toutefois dans un secteur où la mémoire, les célébrations et les souvenirs jouent un rôle si importants, ces nouveaux entrants font très souvent figure de parvenus surtout quand, comme le Qatar, ils ne reculent pas à l’étalage ostensible des moyens mis en œuvre.


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