Polemos aux Assises Nationales de la Recherche Stratégique: compte rendu

C’était un très grand honneur qui nous était offert en tant que jeune chercheur, d’intervenir lors d’un évènement aussi prestigieux que les Assises Nationales de la Recherche Stratégique organisées par le CSFRS en partenariat avec l’IHEDN et l’INHESJ. Outre la pression, en tant que benjamin des intervenants, de parler devant un tel public avec des chercheurs aussi renommés, ces assises ont été l’occasion de belles rencontres intellectuelles et de la confrontation de nombreux points de vue.

La présence d’un panel de chercheurs internationaux dont Mme le professeur Louise Shelley de l’université George Mason et le colonel Xu Weidi de l’université de défense de Pékin avec lesquels nous avons beaucoup échangé au cours des conférences de la matinée et du déjeuner, permettait d’avoir un éclairage rafraichissant sur la recherche stratégique et la vision française en ce domaine.

La présentation par les auditeurs de l’IHEDN d’une communication sur les scenarii possibles de sortie d’Afghanistan en 2014 était particulièrement intéressante. Même si certaines options étaient parfois un peu angéliques, la possibilité évoquée de faire participer aux négociations de sortie les parties prenantes de la région, Chine et Pakistan compris, a eu le mérite de replacer la problématique afghane dans un jeu géopolitique régional voire global. Les commentaires brillants du général Bentegeat permettant d’avoir un éclairage encore plus proche des centres décisionnels otaniens.

Comme le faisait remarquer Alain Bauer en ouverture, l’alignement idéologique conduit le plus souvent à un aveuglement toujours préjudiciable. Dans cette optique les travaux présentés tant au cours de la matinée que dans les ateliers ont eu le mérite de dépoussiérer la recherche stratégique et de bousculer les dogmes établis. Laurent le Mesle, premier avocat général à la cour de cassation, insistait, avec justesse selon nous sur ce point après une présentation des auditeurs de l’INHESJ, l’ordre juridique français fondé sur la procédure inquisitoire et souvent décrié à Bruxelles, n’a pas à rougir de la comparaison avec les autres systèmes, loin s’en faut.

La crise de l’analyse dénoncée toujours par Alain Bauer est patente dans le monde et les travaux menés au sein du CSFRS et brillamment résumés par Philippe Baumard tentent de la résoudre. Cette manifestation aura été la révélation de la vigueur de la recherche stratégique française, souvent victime d’un complexe d’infériorité, et disons le de l’oubli de par les élites du pays, face à ses parèdres anglo-saxons.

Cette même vigueur s’est manifestée durant tout l’après-midi au cours des ateliers thématiques. A titre personnel nous présentions une communication intitulée: « Emprise des Etats et puissance internationale: le cas des métaux en Russie » sur l’instrumentalisation faite par l’Etat russe de ses entreprises minières aux-fins de gains géoéconomiques. C’est l’occasion de remercier chaudement tant Michel Foucher qui animait cet atelier que les autres participants: Denis Clodic, Patrick Lagadec et Charles Prats, dont la réputation comme chercheurs brillants s’est révélée plus que fondée, pour leur accueil, leur gentillesse et les discussions que nous avons pu avoir.

L’atelier sur les flux était ainsi très diversifié puisqu’outre notre présentation, Denis Clodic est intervenu sur les enjeux énergétiques et les réseaux, Charles Prats sur les flux financiers illicites et Patrick Lagadec sur les mégacrises et les mégarisques. L’organisation parfaitement assurée par le CSFRS nous a permis d’échanger avec le public et de faire partager nos idées et nos recherches.

Les assises ont été conclues par des présentations de la part de chercheurs étrangers sur à la fois leur ressenti de la journée et les grands défis stratégiques pour la France et pour le monde. Cette partie s’est révélée très intéressante, mettant en lumière tant les voies qu’il nous reste à explorer que les points de divergence et de convergence avec les grandes puissances en matière de recherche stratégique.

A titre personnel c’était une formidable expérience que nous aurons l’occasion de renouveler bientôt le 1er juillet pour le colloque « Guerre et économie » toujours à l’École Militaire, mais cette fois en tant qu’animateur des tables-rondes.


Les commentaires sont fermés pour cet article.